Aujourd'hui, bien qu'étant officiellement en vacances, Sylvain était de corvée de boulot. Cherchez pas, c'est le monde merveilleux de l'informatique. C'était donc la journée idéeale pour ne pas me laisser parasiter par son besoin de grasses matinées et de sieste, et sortir un peu même si j'avais un a priori négatif sur la journée.
Elle a commencé par un rêve qui me faisait passer deux très bonnes après-midi avec Neil Gaiman (je passe sur la géographie bizarre du Forum des Halles réinventé pour l'occasion.) Bon, forcément, ça pouvait pas durer.
Ce matin, je fais divers trucs sur l'ordi ; un peu de boulot sur la nouvelle maquette P&T, un peu de boulot sur le nouveau site du PCF, ce genre de choses. Ce midi, déjeûner bâclé , trois quarts de melon et des petites choses apéritives restantes de la visite de mes parents ce week-end. Puis je prends mon courage à deux mains, tous les papiers qu'il me faut, et à trois heures je suis dehors pour une après-midi à thème "démarches administratives".
Que je croyais.
Déjà, je mésestime gravement le potentiel pluviométrique du reste de la journée : je prends un petit vêtement d'été à capuche (pas de place pour un parapluie dans mon petit sac) mais je garde mes sandalettes. Erreur fatale que je paierai plus tard.
Je vais voir à quelle heure passe le bus qui m'emmènera à la mairie, première étape prévue : un quart d'heure. J'ai le temps d'aller chercher une éventuelle bonne nouvelle à la librairie juste à côté : non, la dame n'a pas lu le livre que je lui ai prêté pour éventuels commande et événement assortis. Par contre, il reste une chance pour le piano droit Pleyel qu'elle doit vendre, elle n'a pas eu de nouvelle du seul autre candidat potentiel (bémol : elle vient juste de revenir de vacances, alors forcément… mais bon, ça me donne de l'espoir tout plein.)
Je sors de là le coeur léger, juste à temps pour attrapper le bus. Je me dis en montant que si je l'avais raté ce n'était pas bien grave, j'aurais fait la route à pied… Sauf qu'en sortant du bus devant la mairie, il se met à pleuvoir, quand je ressors de la mairie avec la liste de papiers à fournir pour un renouvellement de carte d'identité – qui me nargue d'un "deux photos d'identité aux ÒÇÈëπÇ¡ê de nouvelles normes en vigueur" – il pleut à verse. Et ça empire après que j'ai fait dix mètres dans la direction du centre commercial de la Part-Dieu, où je projette de me faire tirer le portrait en respectant tant bien que mal les ô¬ëπÇ ŒÅªÁ de normes en vigueur.
Un petit trajet au soleil, un calvaire sous la pluie avec des petites tongues joliement décoréesde perles diverses et variée (quoique ce qui pose problème c'est le caractère éminement ouvert de la chaussure en question, le côté glissant de son intérieur sous la plante de pied trempée, et sa semelle désespérément lisse. Les perles c'est une autre histoire.) Bon, "calvaire" c'est un peu exagéré, mais quand même c'est pas pratique, et plus long qu'à pied sec.
Bref, je trouve abri en face d'une boutique Häagen-Dazs, je m'essuie les petons, et m'en vais vaillemment en quête d'un tireur de portrait. Après une fausse alerte devant une boutique Photo Station où le service n'est assuré que par une cabine Photomaton (je hais et méprise objectivement ces trucs-là) je finis par retourner, ô nostalgie, à la boutique Orange où j'ai changé de téléphone samedi dernier (que d'émotions, que d'émotions. Snif bouh.)
Ayant miraculeusement attiré l'attention du préposé aux services photo, je lui annonce laconiquement que "c'est pour une photo d'identité", il me récite tout aussi platement la liste des cas où cet øëê…êô}Ç∏ï|ï´» de nouvelle norme s'applique. Je coche la case "carte d'identité", il me dirige vers l'appareil et m'enjoint gentiment d'enlever boucles d'oreilles, pendentif et manteau (j'en suis ravie, celui-ci est trempé.) A la réflexion, il me demande de garder celui-ci pour la photo, parce que les épaules doivent y être couvertes (et zut.) Bon. Je l'accroche à la patère gracieusement mise à la disposition des clients (le manteau, hein ; oui, je suis plutôt contrariante il paraît), pour passer à l'étape difficile : enlever mes boucles d'oreilles. Elles sont petites, fines et si le système de fermeture est très discret et ne risque pas de blesser derrière l'oreille, bin il est fichtrement délicat à défaire.
Une autre dame arrive pour la photo, je fais signe qu'elle peut y aller puisque je n'ai pas fini. Il lui faut bien cinq minutes pour avoir une photo qui remplisse toutes les ¡ÓŒ„´Á»Í∑ de spécifications de cette saleté de norme ("non, ne souriez pas… oui, je suis sûr qu'il ne faut pas sourire… tournez la tête de ce côté-là… non, un peu moins… je vérifie… bon ça passe pas, on recommence…") Comme enfin elle y arrive, c'est mon tour, donc je remets mon manteau, et je m'installe vaguement sur le tabouret. Top départ, pouf pouf, vingt secondes. Faut dire que j'avais pas vraiment envie de sourire, ça aide.
Je prends un stock de huit photos, parce que ça fait des économies d'échelle et de temps ; et comme je n'ai pas l'intention de changer radicalement de visage durant les dix prochaines années, ça devrait durer un certain temps. Je sors, enthousiasmée à l'idée de retourner sous la pluie pour demander une nouvelle carte d'identité. Je vérifie l'heure : la mairie ferme dans quinze minutes, pas le temps d'y retourner, pas le temps non plus d'aller à la Sécu, qui est à l'opposé et nettement plus loin. A ma grande honte, j'en serais presque soulagée.
Pour dire que je n'ai pas complètement perdu mon temps en-dehors d'avoir fait la tête devant un appareil photo numérique, je me dirige d'un pas incertain vers la bibliothèque : les horreurs d'été sont en vigueur, sera-t-elle ouverte ? Ouiiiii ! \o/ Je prends une nouvelle douche, et me voilà dans les rayons remplis de volumes rassurants, aux thèmes familiers. Enfin, le rayon SFFF est limité à deux courtes longueurs, avec une lettre par étagère, et la plupart sont au moins à moitié vides. Pas grave, je fonce vers l'étagère "D", comme Dunyach, parce que j'ai "Etoiles Mourantes" qui prend la poussière depuis les Imaginales sur nos propres étagères non lettrées mais très chargées (sur deux profondeurs), et j'aimerais bien lire le premier tome avant. Pas là, pas grave, je vais trouver autre chose.
Je pioche finalement trois gros bouquins : un français (de Sylvie Denis), un traduit de l'allemand (je ne peux pas lire Eschbach dans le texte, non non), et un traduit de l'anglais (parce que bon, honnêtement, Les Couleurs de l'Acier c'était bien, mais je ne l'achèterais pas, et les suites non plus. Et puis au moins je sais que c'est bien traduit et relu et corrigé, hein Draco ? ^^ )
Pour me pointer comme une fleur au guichet des prêts, et apprendre d'une part que c'est pas là qu'on réserve, mais là d'où je viens (pas grave, c'est pas loin) et d'autre part qu'ils n'ont pas de sacs. Aaaaarrrrgh. Je vais donc prendre une douche (légère, hourra !) pour retourner à l'intérieur du temple de la consommation, et faire des yeux de cocker à la Fnac, juste en face de la Porte de la Bibliothèque, où on me dit "Normalement non… mais bon, là il pleut". Je ravale de juste un "nan en fait ça se calme", et j'accepte avec une gratitude vocale le sac que me donne la fée caissière (mais non, je ne valorise pas particulièrement les caissières de la Fnac parce que j'ai fait partie de la secte dans une vie antérieure. Quelle idée. Enfin voyons.)
En attendant que la douche s'épuise dehors, je rêvasse devants divers magasins de chaussures, où j'ai par exemple la joie de constater que certain modèle cher à mes pieds est disponible pour la troisième année consécutive, dans des matières et couleurs potables cette fois. Ne parlons pas des déconfitures, parce que bon, j'ai pas traîné si longtemps, après tout ça pouvait se remettre à repleuvoir à qui remieumieux d'un moment à l'autre.
Je mets donc un pied prudent dehors… et relativement au sec. J'attends le bus au sec. Je monte dedans au sec (enfin, relativement, toujours à cause de cette manie des surfaces de retenir une quantité d'humidité proportionnelle à leur horizontalité et à leur concavité. Heureusement, le sol du bus était plat, compensant magnifiquement son horizontalité désespérément absolue.) Mais bien sûr, dès que je mis le nez dehors, après quelques secondes sous des gouttes qui avaient le bon goût de rester fines et éparses, paf, averse derechef. Jusqu'à chez moi, où je faillis m'étaler nez contre terre grâce à l'humidité combinée du carrelage et de mes semelles, celles-ci aggravant de plus la situation par leur côté lisse et traître dont j'ai déjà parlé.)
Et malgré toutes ces misères, j'ai réussi à ne pas me jeter sur les After Eight qui se languissent de moi dans le frigo. Y'a des jours où mon héroïsme m'étonne.
…
Et demain, rebelote ! Oueee ! \o/































