Daelf

dimanche, août 24 2008

Fifokaswiti

Hej hej,

Je me suis rendu compte que j'écrivais les 2/3 des posts de ce blog. Qui s'appelle : blog de Daelf.

Donc, il fallait que :

  • soit on renomme le blog (mais euh),
  • soit je m'en fasse un à moi.

Dans la mesure où j'avais aussi envie d'un espace à moi (et pas un squatt), bah...

Maintenant, je suis ici : http://fifokaswiti.info/blog

Valà, donc sauf contrordre je ne devrais plus vraiment poster ici...

Fifokaswiti

Jésus Vidéo, Andreas Eschbach

J'allais écrire que pour une fois, ce n'était pas d'une sortie récente que j'allais vous parler, et puis je me suis rendu compte que ni Chronique du pays des mères ni La Lune seule le sait ne sont des sorties récentes.

Donc, bah...

Bref.

Jésus Vidéo

Jésus Vidéo, d'Andreas Eschbach, traduit de l'allemand par Claire Duval.

Eschbach, c'est le seul écrivain de SF allemand que je connaisse. J'espère qu'il y en a d'autres, mais on n'en entend pas souvent parler... Je suppose que ça veut dire beaucoup de choses sur l'état de segmentation du marché (en gros, on veut lire des anglophones, éventuellement des francophones, mais les autres, beuh...)

De lui, je connaissais surtout Mille milliards de tapis de cheveux, fresque velue et néanmoins très ambitieuse, très originale dans sa construction puisqu'il y a un double mouvement : d'une part, un zoom out, on part de l'histoire d'une jeune fille qui vend ses cheveux dans un pays plutôt inhospitalier, et on finit sur des empires galactiques ; d'autre part, un changement continuel de personnage par "contact" : chaque chapitre est centré sur un personnage entrevu dans le chapitre précédent. De proche en proche, on arrive à avoir une vue globale de la situation planétaire et galactique. Un véritable tour de force formel, avec un fond bien sympathique (on n'est pas ici dans le space opera où les actes d'un homme changent l'univers, etc.), mais qui m'avait laissé un goût doux-amer dans la bouche. Je suppose que la forme très "hachée", qui empêche d'avoir une histoire ou des personnages au sens classique m'a gêné aux entournures.

Du coup, j'étais assez curieux de voir ce qu'Eschbach nous proposait avec sa vidéo de Jésus, et à la fois pas plus tenté que ça. D'où le fait que j'ai attendu un bon paquet d'années pour le lire (l'élément déclencheur étant, au fond, que Daelf l'a pris à la bibliothèque...)

Bref. De quoi ça cause ?

Sur un site de fouilles archéologiques en Israël, on découvre un squelette étrange, puisque certaines de ses dents ont été soignées avec des amalgames dentaires du type que l'on pratique depuis les années 1970 ou 1980. Plus remarquable encore : ce squelette a avec lui une pochette plastique, dans laquelle on retrouve le manuel d'utilisation d'un caméscope qui n'est pas encore sorti.

Manque de bol, toutes les expertises (de la tombe, des ossements, même du papier du manuel) s'accordent à dire que tout cela est vieux de 2000 ans. S'agirait-il des restes d'un voyageur du temps, venu du futur ? Le plus intéressant dans tout ça, c'est : il avait un caméscope. Qu'a-t-il donc bien pu filmer, en Palestine au début de notre ère ? Aurait-il fait une vidéo de Jésus ?

Mais où est ce caméscope ?

S'ensuit une partie de cache-cache entre d'une part le commanditaire des fouilles (un richissime magnat des médias, américain, sans scrupules) et l'étudiant bénévole qui a fait la découverte (lui aussi riche et américain, parce que faut pas déconner quand même). Le premier engage une équipe d'experts de choc : le responsable des fouilles, un historien expert mondialement reconnu de la Palestine aux alentours de l'an 1, et... un écrivain de science-fiction allemand (!) recruté pour son "esprit imaginatif". Le second ne peut compter que sur ses amis : une jeune Israélienne fraîchement émoulue du service militaire et son frère, chercheur au musée du coin.

J'avoue avoir tiqué un peu sur l'écrivain allemand. Non que je mette en doute la qualité de la SF d'outre-Rhin, mais je pense que si un milliardaire américain cherchait un littérateur spécialiste du voyage temporel, il aurait plus naturellement (et facilement ?) trouvé son bonheur aux États-Unis... Mais bon, on l'a compris, Peter Eisenhardt (l'auteur en question) est un artifice, une façon pour Eschbach d'offrir à son lectorat un point de vue européen, disons-le, allemand, et amateur de SF de surcroît. De fait, ce n'est pas si mal ; ce personnage (et quelques autres, vus plus ponctuellement) aide à donner une dimension "réaliste", ou du moins, crédible, à ce qui ne serait sinon guère plus qu'un thriller formaté. L'intrigue rebondit de péripétie en péripétie, il y a des fusillades, des courses-poursuites, du combat à mains nues, un moment de bravoure dans un souterrain, des services secrets du Vatican, bref, beaucoup de très convenu.

Mais la sauce prend. Fichtrement. Un peu grâce au point de vue un tantinet désabusé de l'auteur allemand, mais surtout parce qu'Eschbach prend la pleine dimension du lieu et de son histoire : on visite tous les lieux saints du judaïsme, on entrevoit les différentes composantes de la société israélienne (dont les Arabes israéliens, au passage), et si on ne les voit pas, on sent en permanence la présence des Palestiniens, de leur misère et de leur révolte... Par ailleurs, on se retrouve à faire des aller-retours conceptuels entre le maintenant, où les jeunes héros tentent de garder un coup d'avance sur le méchant milliardaire à coup d'échanges de voitures de location, et le autrefois, où l'on essaie de deviner ce qu'aurait fait, ce qu'aurait vécu cet Occidental échoué en Galilée et rencontrant Jésus.

Donc tout cela ressemble pas mal à un thriller très vaguement teinté de SF, avec les personnages-types et les rebondissements syndicaux, mais ne boudons pas notre plaisir : c'est très bien fichu, très bien documenté, très intelligent. Cela fait un bout de temps qu'un bouquin ne m'avait pas tenu éveillé une bonne partie de la nuit.

Au passage, une mention spéciale à Claire Duval. Je n'ai pas, bien sûr, lu la version originale (mon allemand est un peu rouillé), mais d'habitude, on "sent" que la langue d'origine est différente. Surtout quand il s'agit d'allemand, une langue très structurée, très rationnelle, avec laquelle on peut faire des phrases très complexes et des constructions très sophistiquées sans que cela paraisse particulièrement lourd. J'ai des souvenirs de traductions de Brecht et de Kafka, pourtant pas très recherchés au niveau de la langue, qui me font encore froid dans le dos... Ici, rien de tel. On aurait juré que l'auteur s'était directement exprimé en français, au point que c'est étrange quand on nous rappelle que certains dialogues sont en allemand.

Pour conclure, allez-y, c'est du bon.

Fifokaswiti.

PS - Il y a juste une chose qui me dérange : le titre. Ça ressemble fichtrement à de l'anglais-pour-faire-classe, mais dans ce cas, il fallait y aller à fond et virer les accents. Je suis incapable de dire sérieusement "Jésus vidéo" en français (mais plutôt "la vidéo de Jésus" ou "vidéo Jésus" pour faire plus expéditif).

jeudi, août 21 2008

Liste de lecture, bilan des courses

J'ai décidé il y a quelques mois déjà de ne pas lire de bouquins en anglais avant septembre.

Plus que deux semaines, et donc, même si c'était ambitieux, je suis en passe de gagner le pari. De tout ce temps, je n'ai lu qu'une nouvelle en anglais, Sheena 5 de Stephen Baxter sur le thème des talking squids from outer space. Mais comme c'était sur écran, ça compte pas, dis-je avec une mauvaise foi absolue.

Bref.

Depuis que j'ai fini le Quicksilver de Stephenson — très bien d'ailleurs, faudra que j'en parle — j'ai donc lu, en français, en vrac et en en oubliant sans doute :

  • Aqua™ de J. M. Ligny : mouais.
  • Les trois Johan Heliot : La Lune... très bons !
  • Chroniques du pays des mères d'Elisabeth Vonarburg, dont Daelf a ici parlé, bien, très joli bouquin mais qui m'a moins passionné que Daelf,
  • Aria des Brumes de Don Lorenjy, pas mal, quelques bonnes idées, mais qui souffre de quelques assez gros défauts imputables à la "jeunesse" de l'auteur (chronologie mal maîtrisée, quelques invraisemblances dans les événements...)
  • La Vieille Anglaise et le Continent de Jeanne-A Debats : j'ai vraiment beaucoup aimé, mais j'en ai déjà parlé ici.
  • Les larmes étaient leur pardon de Marc Vassart (au Navire en Pleine Ville) : mmm, de l'écolo-thriller, genre qui ne me plaît guère en général, mais l'évidente érudition et passion de Vassart pour son sujet rend certaines parties du bouquin très prenantes. L'intrigue est plutôt de seconde zone, les personnages assez flous, mais le livre est éminemment lisible.
  • Ta-Shima d'Adriana Lorusso. J'en ai déjà parlé.
  • À la poursuite de l'Avant Monde de Colin Marchika, idem.
  • Délires d'Orphée de Catherine Dufour, idem.
  • La Terre, antho de chez Griffe d'Encre, dont j'ai quasiment tout lu avant de me rendre compte qu'en fait, le thème ne m'intéresse guère (il n'empêche que certains textes sont très beaux, notamment celui de Graham Joyce).
  • Les Fleurs Bleues de Raymond Queneau (relu, en fait, mais ça reste toujours aussi bien),
  • L'écume des jours et L'arrache-cœur de Boris Vian (idem),
  • euh, sans doute d'autres mais c'est déjà pas mal.

Ceci étant dit, j'ai encore quelques tomes à la maison qu'il faudrait que je lise :

  • Le Silence de la Cité de Vonarburg (une sorte de préquelle aux Chroniques... mentionnées ci-dessus)
  • des tas de Navire en pleine ville : C'est l'Inuit qui gardera le souvenir du blanc (Lilian Bathelot), Tongre (Yves Frémion), Le Sablier Vert (Michel Jeury ; celui-là nous a été offert et dédicacé par l'auteur, donc je compte le lire assez vite quand même !), La couleur de dieu (Pierre Pelot), ... C'est idiot mais j'ai tendance à être rebuté par la typo des Navire, qui me fait mal aux yeux,
  • Transit de Pierre Pelot, parce qu'il paraît que Pelot c'est bien, et que dans mon jeune temps j'ai écrit un roman (assez mauvais il faut l'avouer, que voulez-vous, j'étais jeune) avec le même titre, même que mes amis adorent me torturer avec,
  • Confessions d'un automate mangeur d'opium de Colin et Gaborit (une deuxième chance que je donne à Colin, dont j'ai détesté le Winterheim mais dont on persiste à me conseiller les bouquins),
  • Etoiles Mourantes de JC Dunyach et Ayerdahl,
  • L'offrande secrète de Roland Vartogue, pris parce que les auteurs sont sympa, mais dont je n'attends pas grand'chose (c'est pas trop mon style...),
  • Ganesha de Xavier Mauméjean, car suite à la recommandation de quelqu'un qui se reconnaîtra je l'ai acheté hier,
  • Radieux de Greg Egan (recueil de nouvelles qui fait suite au très bon Axiomatique : j'ai replongé dans la hard sf avec Reynolds)
  • La Muraille sainte d'Omale de Laurent Genefort
  • Šukran de JP Andrevon
  • Le Livre des Ombres de Serge Lehman
  • La saison des singes de Sylvie Denis
  • Jesus Video d'Andreas Eschbach (traduction, mais je ne lis pas l'allemand assez bien de toute façon)

Et d'ici deux semaines je pourrai attaquer les anglos :

  • Making Money de Pratchett, parce que bon, quand même quoi,
  • Pandora's Star de Peter Hamilton, hard sf encore,
  • Emphiryo de Jack Vance notre maître à tous,
  • The Confusion et The System of the World de Stephenson, qui font suite à Quicksilver,

Bref, de quoi faire pour un moment encore...

Fifokaswiti

Post Scriptum sur A la poursuite de l'Avant-Monde

Eh ben voilà, quelques pages plus loin, je suis tombé sur une repompée de Star Wars.

Du coup, ça fait un crossover assez étrange entre le Guide du Routard Galactique (dans l'esprit), Dune (personnages, etc.), et Star Wars (personnages, etc., aussi)

Et là, c'est le drame.

Parce qu'on apprend qu'en fait, Yoda, au fond, c'était Paul Atréides !

Non mais, vous imaginez ? Yoda avec le brushing de Kyle MacLachlan ?

yoda_mac_lachlan.jpg

(Daelf refera le montage foireux en mieux, mais là, c'est moi qui l'ai fait :-))

Fifokaswiti

-- PPS : Ayé, fini. C'est de l'immense n'importe quoi qui finit, comme souvent pour ces choses-là, en queue de vertébré pisciforme. On croyait avoir trouvé un fil de l'histoire, et en fait, c'en est un autre qui conclut... Allez comprendre. Enfin bref, ce qui est intéressant, c'est la postface, qui explique que c'est un écrit de jeunesse. Ceci explique sans doute cela, même si ça ne m'a pas vraiment donné envie de lire Les gardiens d'Aleph-Deux ou d'autres Marchika.

mercredi, août 20 2008

A la poursuite de l'Avant-Monde, Colin Marchika

A_la_poursuite_de_l_Avant-Monde_200p.jpg

Bon, j'ai pas fini le roman (ça ne saurait tarder), mais j'en ai lu assez pour me faire une idée. C'est, euh... indescriptible. Enfin, presque. On va essayer.

Ça parle de... eh bien... l'histoire future de l'humanité, sur pas mal d'années (dans les quatre mille à peu près), sur un mode loufoque. On a là des empires galactiques (forcément), des héros immortels, des combats à l'épée (il ne peut en rester qu'un !! enfin, la référence est plutôt à Dune), un repompage intégral (mais explicite et assumé) de Frank Herbert (l'un des empires galactiques est celui de Dune, justement), de la magie (mais juste à certains endroits), des personnages porte-poisse, des extraterrestres bizarres, des vaisseaux spatiaux aux noms improbables, et des sèche-cheveux biomécaniques et intelligents.

En fait, c'est un croisement contre nature entre du space opera classique (Dune, encore, ou peut-être Hypérion, dans la volonté de l'auteur de construire un background riche et cohérent, avec une histoire détaillée qui mène de maintenant à tout ça) et du Guide du routard galactique (éléments farfelus — comme le magicien Dose par exemple — et planètes étranges, mauvais jeux de mots). Le résultat est un peu bizarre, pas franchement raté mais pas vraiment réussi non plus.

L'intrigue a le mérite d'exister, mais on a du mal à suivre tellement ça part dans tous les sens. Le fait qu'elle soit entrecoupée de longs chapitres expliquant, à la mode d'un cours magistral, l'histoire de l'univers et la généalogie des héros, n'aide pas.

Le style est fluide, pas particulièrement recherché, mais efficace. Je regrette (en fait, ça m'énerve prodigieusement) une certaine pauvreté dans le vocabulaire se référant à un certain champ sémantique : Colin Marchika ne dispose, apparemment, que d'un seul verbe pour désigner le décès d'un personnage quand il est provoqué par l'action violente et délibérée d'un autre protagoniste : "massacrer". Ça cadre globalement avec le ton excessif et outrancier du reste du bouquin, mais d'une part, on se retrouve avec des paragraphes où l'on trouve trois ou quatre fois "massacrer", et d'autre part, le terme est parfois très inadapté. Dans l'un des chapitres-cours magistral, on trouve des "Bidule se rend alors sur la planète Chose, en profite pour massacrer Machin, et repart avec la relique sacrée." Ce genre de chose me choque. De même quand, dans un dialogue, deux personnages parlent d'aller kidnapper un sale type : "Bon, eh bien on va passer par là, on massacre les gardes du corps, et hop, on attrape le gars."

Puisqu'on en est aux choses qui choquent, je rayerais volontiers Mnémos de ma liste d'éditeurs qui font bien leur boulot. Parce que publier un bouquin avec une faute de grammaire toutes les deux pages, ce n'est pas professionnel, ce n'est même pas de l'amateurisme, c'est tout bêtement inacceptable.

Bref. Il faut conclure. D'À la poursuite de l'Avant-Monde, je retiens surtout : une aventure farfelue, quelques bons gags, quelques péripéties amusantes, une histoire globalement fouillie et assez mal foutue, un style excessif et assez pauvre somme toute, et de multiples fautes de français qui gâchent une grande partie du plaisir que l'on aurait à lire un roman globalement distrayant.

Fifokaswiti

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