Comme j'avais dans ma pile à lire une histoire qui se passait quelques siècles plus tard, je me suis dit que j'allais commencer par le début :
Les AnimauxVilles sont des créatures immenses, disques de chair hérissés de bâtiments de cartilage entre lesquels serpentent des rues tapissées de cuir. On se demande même si ce n'est pas pour les imiter après leur visite sur Terre que les humains ont construit leurs premières cités… Et elles maîtrisent ce qu'on appelle "léchange", n moyen de transport instantané de Ville à Ville. Dans notre futur, la Terre est surpeuplée et affamée mais une élite sélectionnée peut accéder aux vingt-huit AnimauxVilles connues. Toutes identiques, chacune sur leur planète déserte en-dehors d'elles, elles abritent des "doubles" qui "s'échangent" régulièrement, l'Original habite à Supérieure – la bien nommée. Aigues-Morte, sur Terre, assure la liaison avec le reste de l'humanité.
Closter est un artiste qui n'a rien créé de nouveau depuis longtemps, et qui voyage entre les AnimauxVilles à un rythme soutenu, puisqu'il est "doubluree" d'un artiste célèbre, Monteori. Il rencontre Marika ; celle-ci, incapable de payer le prix dun "échange", a dû confier comme tant d'autres son corps à un vaisseau lent et l'attendre dans sa Ville de destination sous forme désincarnée. Mais voilà : son corps n'est jamais arrivé. Elle enquête, aidée de Closter, qui va découvrir à son tour des choses étranges… sur lui-même. A eux deux, ils vont bouleverser beaucoup de choses, pour eux d'abord, puis pour d'autres.
C'est le premier roman de Jean-Claude Dunyach que je lis. Avant, j'avais lu des nouvelles, et je les ai beaucoup apréciées, souvent pour leur poésie ou leur humour, voire les deux. J'ai retrouvé un peu de ça dans Étoiles mortes. L'art sous toutes ses formes, connues ou imaginaires, est omniprésent, central au(x) récit(s). Car il y a en fait deux parties : un court roman d'abord – quoique j'ai parfois eu l'impression que l'auteur était peu à son aise dans ce format plus long – et ensuite un recueil d'une demi-douzaine de nouvelles, reliées entre elles par un "prétexte" en rapport avec l'histoire longue. J'ai été surprise de cette deuxième partie, mais pas déçue : les nouvelles sont poétiques et souvent cruelles – très belles.
Mais revenons à Closter et Marika.
L'immersion dans l'univers se fait bien, en douceur, quoique j'aie trouvé bizarre que les AnimauxVilles soient toutes identiques… Mais l'ambiance aidant, cela s'accepte assez facilement. Le rythme accélère au fur et à mesure des découvertes concernant tantôt Closter, tantôt Marika, puis… Même si celle-ci est parfois à gifler par ses réactions boudeuses – mais compréhensibles, après tout on n'a pas une réserve inépuisable d'obstination – et peut-être justement à cause de cela entre autres, les personnages sont attachants, et… Bref, j'aime bien. Mais quand je sors trois phrases de suite qui se terminent en points de suspention, il faut me rendre à l'évidence : je ne sais pas trop que dire d'autre.
Je retiens surtout l'ambiance, un peu irréelle, avec ces sauts incessants, le chat, le fantôme, les villes vivantes…
… J'ai entamé l'autre jour Étoiles mourantes, une "prolongation de l'univers" plutôt qu'une suite. "Encore" un livre à deux mains, avec Ayerdhal – mais contrairement au Colin/Gaborit, que j'ai trouvé très fluide, là je coince un peu : certaines tournures ou incohérences, même si parfois légères en soi, m'agacent. Et cet agacement m'agace, parce qu'il me rappelle celui que j'ai ressenti en lisant un autre roman de Ayerdhal justement, L'Hystrion, si je me souviens bien. Et même si j'ai souvent l'impression que mon agacement est justifié (ah, les verbes hétéroclites pour éviter de répéter "dire" dans les dialogues, qui me paraissent si souvent tomber légèrement à côté de la plaque… Et ce "découvrir avec stupeur ou stupéfaction" ; je sais bien qu'il y a une nuance, je la connais, mais ça passe difficilement… Et des chiffres partout, tout le temps !) et l'absence pour l'instant de ce qui m'avait plu dans le texte de Dunyach seul (oui, la poésie s'accomode mal des chiffres, en général), vu l'admiration que certaines de mes connaissances portent à Ayerdhal, j'ai des doutes.
Et ça aussi c'est agaçant.
À suivre, donc…


Une fois n'est pas coutume, c'est un livre récent. Très. Tellement que Noosfere, ma source habituelle pour les images de couverture, n'en avait pas encore quand j'ai fait mon brouillon. Mais maintenant, oui. Ça m'apprendra.
Ce roman est une vieille connaissance. Je l'ai bien lu et relu une douzaine de fois, ce qui le place dans le peloton de tête de mes relectures garanties sans lassitude (et elles ne sont pas si nombreuses.)
