Daelf

Tag - Fiches lecture

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi, octobre 8 2008

Étoiles mortes – Jean-Claude Dunyach

Comme j'avais dans ma pile à lire une histoire qui se passait quelques siècles plus tard, je me suis dit que j'allais commencer par le début :

Étoiles mortes Les AnimauxVilles sont des créatures immenses, disques de chair hérissés de bâtiments de cartilage entre lesquels serpentent des rues tapissées de cuir. On se demande même si ce n'est pas pour les imiter après leur visite sur Terre que les humains ont construit leurs premières cités… Et elles maîtrisent ce qu'on appelle "léchange", n moyen de transport instantané de Ville à Ville. Dans notre futur, la Terre est surpeuplée et affamée mais une élite sélectionnée peut accéder aux vingt-huit AnimauxVilles connues. Toutes identiques, chacune sur leur planète déserte en-dehors d'elles, elles abritent des "doubles" qui "s'échangent" régulièrement, l'Original habite à Supérieure – la bien nommée. Aigues-Morte, sur Terre, assure la liaison avec le reste de l'humanité.
Closter est un artiste qui n'a rien créé de nouveau depuis longtemps, et qui voyage entre les AnimauxVilles à un rythme soutenu, puisqu'il est "doubluree" d'un artiste célèbre, Monteori. Il rencontre Marika ; celle-ci, incapable de payer le prix dun "échange", a dû confier comme tant d'autres son corps à un vaisseau lent et l'attendre dans sa Ville de destination sous forme désincarnée. Mais voilà : son corps n'est jamais arrivé. Elle enquête, aidée de Closter, qui va découvrir à son tour des choses étranges… sur lui-même. A eux deux, ils vont bouleverser beaucoup de choses, pour eux d'abord, puis pour d'autres.

C'est le premier roman de Jean-Claude Dunyach que je lis. Avant, j'avais lu des nouvelles, et je les ai beaucoup apréciées, souvent pour leur poésie ou leur humour, voire les deux. J'ai retrouvé un peu de ça dans Étoiles mortes. L'art sous toutes ses formes, connues ou imaginaires, est omniprésent, central au(x) récit(s). Car il y a en fait deux parties : un court roman d'abord – quoique j'ai parfois eu l'impression que l'auteur était peu à son aise dans ce format plus long – et ensuite un recueil d'une demi-douzaine de nouvelles, reliées entre elles par un "prétexte" en rapport avec l'histoire longue. J'ai été surprise de cette deuxième partie, mais pas déçue : les nouvelles sont poétiques et souvent cruelles – très belles.
Mais revenons à Closter et Marika.

L'immersion dans l'univers se fait bien, en douceur, quoique j'aie trouvé bizarre que les AnimauxVilles soient toutes identiques… Mais l'ambiance aidant, cela s'accepte assez facilement. Le rythme accélère au fur et à mesure des découvertes concernant tantôt Closter, tantôt Marika, puis… Même si celle-ci est parfois à gifler par ses réactions boudeuses – mais compréhensibles, après tout on n'a pas une réserve inépuisable d'obstination – et peut-être justement à cause de cela entre autres, les personnages sont attachants, et… Bref, j'aime bien. Mais quand je sors trois phrases de suite qui se terminent en points de suspention, il faut me rendre à l'évidence : je ne sais pas trop que dire d'autre.

Je retiens surtout l'ambiance, un peu irréelle, avec ces sauts incessants, le chat, le fantôme, les villes vivantes…


… J'ai entamé l'autre jour Étoiles mourantes, une "prolongation de l'univers" plutôt qu'une suite. "Encore" un livre à deux mains, avec Ayerdhal – mais contrairement au Colin/Gaborit, que j'ai trouvé très fluide, là je coince un peu : certaines tournures ou incohérences, même si parfois légères en soi, m'agacent. Et cet agacement m'agace, parce qu'il me rappelle celui que j'ai ressenti en lisant un autre roman de Ayerdhal justement, L'Hystrion, si je me souviens bien. Et même si j'ai souvent l'impression que mon agacement est justifié (ah, les verbes hétéroclites pour éviter de répéter "dire" dans les dialogues, qui me paraissent si souvent tomber légèrement à côté de la plaque… Et ce "découvrir avec stupeur ou stupéfaction" ; je sais bien qu'il y a une nuance, je la connais, mais ça passe difficilement… Et des chiffres partout, tout le temps !) et l'absence pour l'instant de ce qui m'avait plu dans le texte de Dunyach seul (oui, la poésie s'accomode mal des chiffres, en général), vu l'admiration que certaines de mes connaissances portent à Ayerdhal, j'ai des doutes.

Et ça aussi c'est agaçant.

À suivre, donc…

Dernières lectures – en vrac : sablier, opium, maths.

Attention, ceci est une longue note. Parce que si je fais des notes séparées pour les derniers bouquins que j'ai lus, jamais je les finirai. Ç'a bien fini par arriver, d'ailleurs…

Alors. En ce moment, je prends le relais du Fifo en matière de lectures exclusivement francophones[1] : je viens de finir le recueil de nouvelles de Catherine Dufour, j'ai fini Etoiles mortes et j'enchaîne sur Etoiles mourantes… Mais avant tout ça, une anecdote.

Un ouikinde de début août, mon Fifo et moi prévoyons d'aller faire un tour chez Batô, à l'occasion du passage chez elle de Draco. Entre autres petites choses sympathiques, nous allons faire un tour sous les bambous, et au retour, rendons visite à de vieilles connaissances d'Hélène. On papote, enfin surtout elles, et beaucoup de littérature(s), puisque le monsieur est auteur. Et vers la fin de la rencontre, ledit monsieur s'éclipse et revient avec trois exemplaires de ses bouquins : un pour Hélène, un pour Draco et un pour nous.

Le Sablier Vert

Gaaaah. Contrairement à ce qu'avait suggéré Hélène en nous présentant, c'est à ma connaissance[2] le premier roman de Michel Jeury que je lis, mais j'ai beaucoup aimé, et du coup je suis jalouse des jolis exemplaires de Soleil chaud poisson des profondeurs qu'on eut les deux autres, là. Pis le mien était corné aux bouts. Ouin.

Bon, trève de bêtises.

Le "Sablier Vert", c'est une légende très ancienne sur la planète de Taël Ohelen. Lui est un jeune archéologue, sujet de l'Empire isolationniste et anti-technologique de l'Eristan, qui malgré ses sympathies républicaines va profiter d'une expédition impériale pour partir à la recherche de ce mystère. Il va découvrir que le monde n'est pas ce que croit l'Empire, et que finalement le Sablier Vert n'est pas forcément ce à quoi il s'attendait…

… Batô m'avait prévenue : c'est un texte écrit pour un public plutôt jeune ; très direct, narré très simplement. Mais fidèle à son credo, le Navire ne risquait pas de publier un roman au fond simpliste, et si à ma grande contrariété je n'avais encore rien lu de Jeury, il reste un auteur majeur de la SF française, et ça se voit déjà dans ce roman assez facile d'accès. Certes le héros est transparent, l'amité de ses comparses simple et gagnée aisément, leur parcours plutôt linéaire. Certes les informations sur le monde sont parfois complètement séparées de l'intrigue pour que le tout gagne en clarté, et c'est un peu dommage cette impression que l'auteur a un chouïa cédé à la facilité…
Mais les idées explorées en chemin sont intéressantes (sur le temps, le progrès et la technologie, la société, la découverte de soi, toute cette sorte de choses), ils font des rencontres parfois étranges (les policiers de Novaloro, et celles provoquées par le Sablier Vert en conclusion)… Et cette conclusion, justement, qui tranche nettement avec le reste, avec une transition à la brutalité surprenante après un déroulement relativement calme de l'histoire. Et pour cette fin, pour ce contraste, et quelques autres détails sur lesquels je ne vais pas m'étendre ici, je garde un très bon souvenir de l'ensemble.
Merci Batô, et merci monsieur Jeury :) Je rajoute d'autres de ses romans sur ma liste de lecture…

---

Le Sablier Vert, c'était durant la semaine de la "performexpodicace" de Boulet (oui, je suis grave à la bourre.) Avant, j'avais lu Jesus Video et La Saison des Singes, dont Sylvain a bien mieux causé que je ne ferais, donc je passe.

---

Ensuite, nous avons ceci :

Confessions d'un automate mangeur d'opium A part A vos souhaits, lu y'a un bon bout de temps et dont je ne garde aucun souvenir précis[3] j'avais essayé de lire un seul roman de Fabrice Colin, Winterheim, que j'avais sous la main dans la bibliothèque de mon Fifo… Comme lui (Fifo), je n'ai pas aimé, mais je suis moins rancunière, et du genre à m'acharner. Et puis le titre de celui-là m'intrigait, alors au diable le flou de l'écriture à deux mains.
Alors, de quoi ça cause ?

L'histoire se déroule à Paris durant l'Exposition Universelle, en 1889 donc[4]. Une Exposition où l'on se rend en aérocab fonctionnant à l'éther, pour voir les classiques pavillons du monde mais aussi, par exemple, les nouveaux modèles d'automates musiciens ou majordomes – engins anthropomorphes capables de réagir de façon plus ou moins sophistiquée aux ordres de leurs riches propriétaires. Et qui fonctionnent également grâce à cette mystérieuse et si utile substance qu'est l'éther…
Nous suivons Théodore Archimbault, aliéniste se spécialisant dans les effets néfastes de l'éther sur l'esprit humain, et sa soeur Margaret Saunders, comédienne en pleine ascention. Celle-ci apprend le décès d'une de ses amies, mais la thèse officielle de l'accident ne la convainc pas. Elle décide d'enquêter, son frère, très proche d'elle, l'aide, et ils se retrouvent embarqués dans une intrigue dont rien n'aurait pu leur faire devnier l'ampleur. (Je vais pas trop en dire non plus, hein ?)

J'ai beaucoup aimé. Le style est extrêmement dix-neuvième, romantique, expansif, bref, on s'y croirait. Ne vous laissez pas décourager par le prologue si, comme moi, vous trouvez le trip "poète maudit" un peu lourd : déjà ça ne dure que deux pages, et le reste est bien plus léger… Tout en restant , oui, très dix-neuvième, avec des "ma douce enfant", des "ma tendre amie", et ce genre de choses. Ça sent juste un peu la tour Eiffel neuve, rien de bien méchant.

Et je n'en dis pas plus, parce que je ne vois pas quoi rajouter.

---

La suite, c'est un recueil de nouvelles, et c'est bon. Si si, on en mangerait.

L'Accroissement mathématique du plaisir Une fois n'est pas coutume, c'est un livre récent. Très. Tellement que Noosfere, ma source habituelle pour les images de couverture, n'en avait pas encore quand j'ai fait mon brouillon. Mais maintenant, oui. Ça m'apprendra.

De Catherine Dufour, j'avais déjà lu la chaipas-combien-de-logie Quand les Dieux buvaient, de Merlin l'ange chanteur à L'immortalité moins six minutes, dans le désordre le plus complet. J'ai bien aimé, mais c'est un peu inégal[5]. Et quelque part au milieu, "Le Goût de l'immortalité", que j'ai recommandé frénétiquement à tout le monde et à n'importe qui après l'avoir lu. Je persiste : c'est une histoire dure et belle, magnifiquement écrite et formidablement racontée.

Donc là j'étais impatiente de lire le recueil tantattendu, et je n'ai pazétédéçue. Les textes sont tous très bons, quoique j'en aie préféré certains bien sûr, très variés, depuis le terre-à-terre presque banal (avec Mafia russe en option) jusqu'à la SF pure en passant par de gros bouts de fantastique voire de merveilleux, et un zeste de Fantasy burlesque. J'ai essayé de faire du tri, mais il faudra vous contenter de ça. Oh, et L'immaculée conception a bien mérité son Grand Prix de l'Imaginaire. Outche-là, oui. Et que la Dufour sait très bien, elle aussi, comme un certain Pterry qu'elle cite en référence, faire du banal avec du merveilleux.

---

Et pour les étoiles, je vais faire un nouveau billet. On se retrouve après une page de pub…

Notes

[1] C'est pas faute de vouloir lire de la VO, mais on s'est promis de pas racheter de bouquins avant d'avoir anéanti la pile à lire… Banks (The Steep Approach to Garbadale sans M., Matter avec) et Stephenson (Anathem) attendront, mais les retrouvailles n'en seront que plus savoureuses. En attendant, pour compléter la pile, c'est bibli, et donc VF, que ce soit la VO ou non.

[2] J'ai eu des surprises, si si. Par exemple, j'ai récemment appris que Aqua™ n'était pas le premier texte de Jean-Marc Ligny que j'avais lu.

[3] Par contre il me semble que l'exemplaire de la bibliothèque était signé… Depuis j'ai retrouvé l'un des gars de cette bibli de coin-plus-ou-moins-perdu-en-Seine-et-Marne, et vu ses fréquentations chez Brage, m'étonnerait pas que ce soit de sa faute.

[4] et non pas en 1899, quoi qu'en dise la quatrième de couverture de mon édition…

[5] Et encore, il paraît que le premier tome, que je n'ai pas lu… mais chuuut.

lundi, septembre 8 2008

Sans parler du chien – Connie Willis

Ça faisait longtemps.

Sans parler du chien Ce roman est une vieille connaissance. Je l'ai bien lu et relu une douzaine de fois, ce qui le place dans le peloton de tête de mes relectures garanties sans lassitude (et elles ne sont pas si nombreuses.)

J'aime beaucoup ce qu'écrit Connie Willis, dans l'ensemble, que ce soient ses romans ou ses nouvelles. J'en recauserai probablement une autre fois, mais en attendant, je voudrais juste signaler la nouvelle "Les Veilleurs du feu" (recueil du même nom, J'ai Lu) et Le Grand Livre (roman, J'ai Lu aussi) – deux textes, très bons tous les deux quoique nettement plus sombres (surtout Le Grand Livre), qui prennent place dans le même univers que le livre dont au sujet duquel je vais vous causer maintenant.

Le titre complet est Sans parler du chien (ou comment nous retrouvâmes enfin la potiche de l'évêque). Tout un programme, non ?

Le titre est en fait emprunté à un roman très victorien, Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien), de Jerome K. Jerome, que j'ai lu quand j'étais jeune et insousciante. J'ai entamé ma dernière rererelecture de Sans parler du chien la semaine dernière quand, au départ d'un voyage assez long, je n'avais sous la main que les livres que nous devions prêter à CARP et Marie-Jo[1]. J'ai donc entamé celui-ci, qu'il m'a fallu abandonner en cours de route...
Notre chère bibliothèque retrouvée, je me suis dit que pour rester dans l'ambiance je lirais Three men in a boat (to say nothing of the dog) – et je n'ai pas réussi. Peut-être est-ce la VO ? (Nan, pas possible.) Peut-être parce que c'était bien moins palpitant que To say nothing of the dog (or how we found the bishop's bird stump at last) (oui, j'ai été faible, j'ai trouvé la VO par des moyens détournés pour le rererefinir, mais on aura le livre incessapeu sous ment)

Bref. Toutes anecdotes épuisées, de quoi ça cause ? A part que c'est plutôt mouvementé, comme vous l'aurez sans doute déduit du contenu de la phrase précédente.

Ça se passe en 2057. Les chats sont une espèce disparue, les églises ferment faute de moyens, le voyage dans le temps est une réalité bien pratique pour les historiens, mais la recherche est toujours aussi difficile à financer. Lady Schrapnell – je ne suis pas sûre que ce soit réellement son nom, mais comme c'est le seul mentionné et qu'il lui va comme un gant, on fera avec – Lady Schrapnell, une riche américaine, apporte une somme considérable à l'université d'Oxford en échange d'aide pour un projet extrêmement ambitieux : reconstruire (à Oxford, et néanmoins exactement à l'identique – "Dieu est dans les détails", dit-elle sans arrêt) la cathérale de Coventry, détruite par la Luftwaffe en 1940.

Il faut dire que la dame est d'origine anglaise, et que la vie de son arrière-arrière-arrière-grand-mère a été radicalement transformée le jour où elle a vu dans ladite cathédrale, un jour de 1888, un vase au style disons particulier... Or la fameuse "potiche de l'évêque" reste introuvable, alors même que la date de la consécration de la cathédrale approche à grands pas. Mais le voyage dans le temps ne permet pas tout, parfois même il pose plus de problèmes qu'il n'en résoud. Une historienne ramène un cab (à moins que ce ne soit un châle ?) de l'année 1888, et voilà que le continuum menace de s'effondrer. Pour Sauver Le Monde™, il faut d'abord ramener le char chez lui, mais avec Lady Schrapnell dans les parages et les malentendus malheureux dont l'Histoire est pleine, rien n'est simple...

La solution impliquera une jeune fille nunuche, un professeur d'histoire passionné de pêche, Agatha Christie, un ou deux majordomes, deux historiens souffrant de déphasage[2], une voyante, un jeune homme romantique, Waterloo, une harpie observatrice, encore quelques romans policiers, des chantiers, des... Sans parler du chien, bien sûr. Et du chat. Et de plein d'autres choses encore.

Certes, l'auteur tient absolument à montrer qu'elle a bien fait ses devoirs en faisant citer plein d'anecdotes historiques et littéraires à ses personnages, mais même ce "tic" apporte quelque chose à l'ambiance du livre (ah, l'époque victorienne...) et fait avancer l'histoire. Le tout est intelligent, très bien agencé, plein de rebondissements, extrêmement drôle – bref, je recommande chaudement. Et méfiez-vous : les choses ne sont pas toujours ce qu'elles paraissent... (Par exemple, une grande majorité des [3] Méfiance donc. Quant au reste, je n'en parle pas, ce serait gâcher ce moment où toutes les pièces du puzzle s'imbriquent enfin parfaitement.)

Vivement qu'on l'aie en VO, que je puisse le rererererelire ;)

Notes

[1] a.k.a. "des amis"

[2] time-lag en VO, j'aime beaucoup ^^

[3] Euh, il manque un bout, là. Découvert longtemps après la rédaction du billet, donc pas moyen de remplir le trou... :/

dimanche, août 24 2008

La Triolgie Loredan I – Les Couleurs de l'acier, K. J. Parker

Continuons les fiches enrtââârrogntûdju. Après Making Money que j'ai lu il y a quelques semaines en oubliant d'en parler après, vu que je viens de finir le deuxième tome de la Trilogie Loredan, il vaut mieux que je parle du premier avant. Enfin, que j'essaye. Mais d'abord, une petite introduction, parce que je ne peux pas résister.

Je ne suis pas une grosse lectrice de Fantasy. J'en ai lu, je suis même sûre qu'on peut en trouver dans ma notre bibliothèque – ne serait-ce que le Seigneur des Anneaux, que j'ai lu vers 13-14 ans avec grand intérêt (sauf la fin je crois, trop de batailles), mais que j'ai été infichue de relire il y a quelques années. A part ce monument, nous avons tous les Harry potter (dont plus de la moitié en suédois et les autres en anglais), mais pour ma part, ça rentre par une oreille, ça distraît bien comme il faut, et ça ressort par l'autre aussi sec. Nous avons trois tomes de Bragelonne, dont l'un nous a moyennement plu, un que j'ai bien apprécié et dont je devrais chercher la suite un jour, et un que nous avons adoré tous les deux (mais bizarrement, c'est le moins classique des trois : Princess Bride, que je recommande sous toutes ses formes, certes, mais le roman est largement supérieur au film. Si vous tentez de le prendre en petites pilules vertes avec un grand verre d'eau, je ne peux rien pour vous, désolée.) Et puis on a Féérie pour les Ténèbres et quelques Dufour, le tout bien déjanté. Et du Gaiman, et plein de Pratchett et autres parodies, mais est-ce que ça comtpe vraiment ?

Bref, tout ça pour dire que les bouquins à l'environnement vaguement médiéval, avec des unités de poids et de mesure "anciennes", de la magie et des gens qui se foutent sur la tronche à coups d'épées, c'est pas mon truc. Et je crois bien que c'est pire quand il y a des elfes.

Pis un jour en traînant sur un stand d'allure vaguement médiévale au salon du livre pour papoter avec des copaings, j'ai vu ça :

Trilogie Loredan t.1

Et on m'a dit que c'était génial, alors bon, j'ai essayé. En l'empruntant à la bibliothèque certes, mais j'ai bien fait (d'essayer, hein !)

Les Couleurs de l'acier, c'est principalement l'histoire d'un avocat, Bardas Loredan. "Beuh, un avocat", me direz-vous, ""ça va être à bâiller d'ennui." Sauf qu'à Perimadeia, plus grande cité du monde et haut lieu du commerce,[1] les litiges marchands sont plus que sérieux, et se règlent l'épée à la main. Bardas est très doué, et gagne pour ainsi dire à tous les coups.

Mais il attire les ennuis comme, euh, un truc qui attire beaucoup d'ennuis. Une jeune fille va quérir l'aide de l'Archichancelier du Patriarche, directeur d'un genre d'université qui n'enseigne pas la magie (parce que ça n'existe pas, vous comprenez) mais étudie le Principe, une force mystérieuse sur laquelle l'homme peut agir, en théorie. Mais la jeune fille en question se soucie de la théorie comme d'une guigne, elle est persuadée que ça marche, et veut lancer une malédiction sur Bardas. Ce qui est fait, et au grand désarroi du Patriarche, et va lui attirer autant d'ennuis qu'à Bardas, et c'est pas peu dire.

Il y a aussi Temraï, membre du Peuple des Plaines, venu à Perimadeia pour y étudier les techniques nécessaires à la faire chuter, et les sombres histoires de famille des Loredan…

Et ça marche bien. Très bien.

Les personnages sont bien dessinés, je me souvenais encore d'eux en commençant le deuxième tome des mois plus tard[2] ; le monde est riche, bien présenté ; et si certains lecteurs ont trouvé que les digressions techniques étaient des longueurs inutiles, j'ai souvent trouvé ça fort intéressant. Et même les scènes de bataille ne m'ont pas complètement rebutée, c'est dire si c'est bien écrit et bien amené ! [3]

Certes, je n'avais pas en tête tous les détails en commençant la suite, mais je gardais du tout un très bon souvenir, et j'ai donc emprunté Le Ventre de l'arc à la même source pour savoir ce qui se passait après. Mais pas tout de suite, parce que je ne peux digérer qu'un certain nombre de scènes guerrières par an, et là j'en avais pour trois mois. Suivez le guide…

Notes

[1] Fière, imposante, pas jolie-jolie pour autant, ouvre ses portes à n'importe qui du moment qu'ils ont de quoi se rendre utile… A part la situation géographique – Perimadeia est une petite île au relief important, l'autre est sur une plaine – on pourrait presque dire que c'est Ankh-Morpork, le côté parodique en moins.

[2] Mais pas de tous les noms, ce qui est courant chez moi, hélas. Enfin, là j'avais une excuse ^^

[3] Et accessoirement, la couverture est magnifique, mais c'est vrai aussi pour les deux autres tomes.

Making Money, Terry Pratchett

Ehoui, des fois je lis en anglais. En l'occurence, le dernier roman en date de la série (principale) du Disque-Monde, de Terry Pratchett – Making Money, pas encore traduit, mais ça ne saurait tarder.[1]

J'aime beaucoup cette série, qui commença comme de la pure parodie de grands classiques de la Fantasy, et acquit avec le temps un ton plus satirique, et une galerie bien fournie de personnages intéressants. C'est parce que j'étais à court de romans traduits que j'ai commencé à les lire en anglais – comme l'auteur a quelques "routines" bien définies et un style simple, au pire je ratais quelques gags ou jeux de mots, mais rien de l'histoire. (Depuis le temps du systématique et laborieux "bouquin + dico" j'ai fait quelques progrès, mais il y a des gros poissons... tiens, faudrait que je cause du Baroque Cycle un jour. Miam.)

Bref, en plus d'être drôles et intelligents, ces bouquins m'ont amenée au final à avoir un niveau potable en anglais, et aussi à rencontrer des gens plutôt sympas, bref, plein de bonnes choses.

Mais. (Oui, revenons à nos moutons...)

Mais le monsieur a parfois tendance à se répéter, voire à insister un peu trop sur certains points, et ça finit par lasser – Sylvain, par exemple, suite à quelques romans précédents (Monstrous Regiment / Le régiment Monstrueux ; par exemple, et surtout Going Postal / Timbré) qui lui avaient fait relativement mauvaise impression. Et à la re-relecture de Going Postal, j'ai bloqué à cause de certains personnages, qui m'ont paru insupportables – trop de caricature tue la caricature. Gn.

Je ne me suis pas avouée vaincue pour autant, et alors que Sylvain rechignait encore récemment à l'idée de lire Making Money, dont le personnage principal est le même que dans Timbré, puisqu'il vient de sortir en poche, j'en profite.
(Fin des prolégomènes.)

making money

Or doncques, quelle est le principe de départ ? En gros le même que pour Timbré, d'où les craintes de répétition. Examinons la chose en détail (mais pas trop quand même, je vous rassure.)

A la base, Moite von Lipwig est quelqu'un qui passe inaperçu la plupart du temps, a un don pour se faire apprécier des gens, et en profite pour les escroquer. Arrive finalement le jour il se fait arrêter,et pendre (au début de ''Timbré.) Cependant, seule une de ses multiples identités de façade disparaît, et Moist lui-même se fait embaucher par le Patricien Vétérini pour remettre sur pied la Poste d'Ankh-Morpork. Et il réussit (ne me dites pas que c'est un spoiler, quand même ?)

Fatalement, lui qui a passé la plus grande partie de sa vie dans l'excitante situation d'un fugitif perpétuel, il finit par s'ennuyer. Sur ce Vétérini lui propose de s'occuper de la Banque Royale et, accessoirement, de la Monnaie d'Ankh-Morpork. Bien sûr, ça ne se passe pas comme prévu. Mais ça ne se passe pas non plus comme dans Timbré, heureusement ;)

Déjà Moist est difficile à convaincre, et c'est plutôt bien mené ; un détail un peu "deus ex machinesque" de la mise en place de la situation se trouve finalement expliqué à la fin par une remarque que Vétérini fait juste en passant. Vétérini qui est, d'ailleurs, au centre d'une intrigue secondaire plutôt sympa, relativement anecdotique, mais qui pose le méchant (bien ridicule comme il faut) et met le Patricien en lumière de façon moins, disons, "forcée" que dans Jingo (Va-t-en-guerre ; où Vétérini se livre à quelques activités que certains lecteurs habitués ont pu trouver hors caractère.) Et puis il y a l'employé modèle de la banque, au passé recelant un lourd secret… à propos duquel j'ai cru décrypter des sous-entendus en forme de hareng rouge, qui ont l'air d'être placés là exprès. Au fur et à mesure de la lecture, j'étais déçue que ce ne soit qu'une fausse piste, mais finalement, rien que pour le *mmhmmhmmhmmh* ça vallait le coup, en fait ^^ (Hein ? Mais non j'ai rien dit.)

Et on ne voit quasiment pas les personnages propres à la Poste, ouf. (C'est pas que je n'aime pas les jeunes collectionneurs enthousiastes ou les petits vieux adeptes de l'auto-médication expérimentale, mais euh… Hrm bref.)

Petit bémol : les golems. Certes, on en entend parler depuis le début, de ces golems spéciaux, certes j'étais plutôt contente que même le léger spoiler sur lequel j'étais tombée plus ou moins par hasard m'aie menée lui aussi sur une fausse piste, certes cette sous-intrigue donne l'occasion de découvrir un gadget assez "mindboggling" de l'Université de l'Invisible (il faut vraiment que je relise ce passage avec un dico sous la patte)… Mais l'assurance caractéristique de Moist que tout va s'arranger alors même que sa situation ne fait qu'empirer, et le fait qu'à la fin bruit de reveolver… bin ça me gène un petit chouïa. Mais quitte à jouer un peu le rôle de dieux sortis de la machine, au moins ils ne tombent pas comme un cheveu sur la soupe, et le résultat est aussi très intéressant et ouvre de nouvelles perspectives. Encore d'autres, oui ; ou alors participent de la situation que Pratchett cherche à installer à Ankh-Morpork grâce aux livres récents – ce qui n'est pas plus mal.

Oh, et j'oublie les "choses" des profondeurs, qui donnent lieu à quelques scènes gag-esques, mais ne semblent pas toujours utiles (ou alors j'ai oublié des trucs ?) Bah, pas grave, les jeux avec certains clichés – disque-mondiaux ou pas – suffisent à les faire passer.

Bref, j'ai bien aimé, j'en garde un bon souvenir, mes craintes concernant l'évolution trop rapide de Moist s'effilochent, et j'ai même hâte de lire le livre suivant. Du Disque-Monde ou de Terry Pratchett, je ne sais pas trop, puisque pour la première fois depuis houlà, tout ça,[2] le prochain roman de Terry pratchett, "Nation", ne sera pas disque-mondial. Je suis curieuse de voir ça.

Notes

[1] ... et je réalise là que les traductions françaises n'ont plus qu'un livre de retard sur la série principale. Woah.

[2] Il y a un petit macaron "25 years of Discworld" sur la couverture de mon Making Money

- page 1 de 4

Powered by