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vendredi, avril 11 2008

Griffonnage

… parce qu'il me semble que le griffonnage, pourtant pas transcendant, vaut déjà mieux que le tapoti qui a servi de base. (Quoique, je décrivais déjà une image que je me faisais de la chose, donc…)

Oyme se déguise pour aller se balader :

Afin d'obtenir de la teinture claire pour sa chevelure, il prétendit qu'il voulait faire un tour en ville, voir à quoi elle ressemblait désormais, entendre les discussions autour de lui, bref, renouer avec le monde. C'est Banea qui la lui apporta et l'aida à l'appliquer. Ils discutèrent pendant ce temps-là de ce qui se passait à Syllij-Xê, important ou non. Même s'il ne mentit jamais, exposant avec honnêteté la plupart de ses projets pour les jours suivants, il vit bien que Banea n'était pas dupe et se doutait de quelque chose.

Le lendemain matin, il s'accorda un temps de réflexion avant de se préparer : s'il sortait préparé comme si de rien n'était, ses cheveux certes plus blonds que noirs mais coiffés comme il en avait l'habitude "avant", avec simplement sa Wuny pansée... Il aurait l'air de quelqu'un qui sait comment on se coiffait douze ans plus tôt mais ne connaît rien des usages du jour, et qui de surcroît veut cacher sa Wuny. Non, il attirerait forcément les soupçons s'ils sortait ainsi.

Il chercha dans "sa" chambre , sur les étagères chargées d'objets, un accessoire qu'il avait cru y voir : une armature de coiffe d'Oyegj de l'Eau. C'était une armature de gj'ay — parfait, pour ceux qui reconnaîtraient ce détail, ce serait une excentricité de plus. Il se coiffa seul, passant tant bien que mal ses cheveux dans les ouvertures de l'armature triangulaire, pour se la placer au sommet du crâne, les longues mèches enroulées sur les branches les plus grandes et fines de l'armature, sur les côtés. Il trouva deux autres rubans assortis à celui de sa Wuny et en décora les mèches volumineuses de chevelure qui cascadaient à ces extremités. Au sommet de la troisième, à une petit mèche qui s'accrochait là, il fixa sa gubtul – pas celle qu'il avait en arrivant, mais une ancienne, qu'il avait retrouvée dans un coin. Il ajouta ici et là quelques colifichets qui se voulaient des imitations purement textiles d'amulettes de chasse oyegj', des gants banals mais usés pour ses pieds, changea sa Wuny de bras, et à l'autre, le gauche, noua un petit sac de laine contenant quelques anneaux – juste de quoi se payer un casse-croûte modeste et un peu de boisson.

Il trouva un miroir et s'admira : le résultat dépassait en ridicule toutes ses espérances. Avec un sourire (et beaucoup de précautions) il descendit et trouva dans la salle commune, atablées pour un déjeûner rapide, Namdâe, Banea et Lelya – Ekde était déjà parti accompagner sa fille et son neveu à leurs cours du jour. Il les salua comme d'habitude, et attendit qu'elles se tournent vers lui… Sa presque-fille cria, sa fille s'étrangla en essayant d'étouffer un éclat de rire, et sa compagne resta bouche bée.

Et voilà. Frustrée comme à mon habitude par le côté indescriptible de mes personnages, de leurs coiffures et autres accessoires, je me suis lancée dans un petit dessin… Oyme version "je fais le nioubi qui débarque de son trou perdu" :

Bon, je crois qu'on ne voit décidément pas que c'est censé être ridicule. alors pour voir, j'ai tenté Oyme version "je prends la pause mais sinon je suis préparé comme un jour normal" :

… "normal" à part l'arme, évidemment,[1] qu'il ne risque pas d'emmener pour faire les courses au marché. C'est peut-être aussi pour ça que j'ai du mal à me rendre compte s'il est *vraiment* moins ridicule comme ça… Il sait se servir de ce truc, et tant qu'il l'a dans les mains, j'éviterais de le contrarier.

Notes

[1] Je suis d'ailleurs étonnée de ne pas avoir fait le même genre de billet avec la description de la Lame telle que je l'ai tentée dans mon NaNo, et une image de ce genre.

mardi, novembre 28 2006

La fuite ! Heu, la suite.

Chose promise, chose retardée. Quelques extraits en rafale pour me rattraper !

Le départ…

Ils commencèrent par rassembler toutes les affaires que Oyme souhaitait emporter : ses papiers, ses accessoires de coiffure, quelques souvenirs officieux, quelques objets fabriqués à partir de restes de nigju. Pour ce qui est des foulnes, Namdâe le supplia de ne rien emmener qui soit fait d'autre chose que des plumes. A part sa Lame, qu'il tenait à emmener, il abandonna sans regret ses armes de Chasse et celles qui lui servaient de simples accessoires de coiffure.

Pendant que Oyme terminait d'emballer tout cela, Namdâe se mit à la fenêtre avec un morceau de bois enflammé et resta là un long moment.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— C'est un signal convenu avec des amis, il vont faire diversion.

Elle referma le rideau et ils attendirent. Oyme resserrait nerveusement les uns après les autres tous les liens de ses quelques paquets, Namdâe griffonnait un message qu'elle entoura d'un ruban et lesta d'une pierre.

Peu de temps après, ils purent entendre des cris signalant que des foulnes s'approchaient du village, et les plaintes étranges de ceux-ci. Namdâe sourit en les entendant. Oyme, lui, frémit et se demanda encore une fois s'il avait fait le bon choix, mais il aurait été ridicule de reculer maintenant.

Au pied de la hutte, les deux gardes échangèrent quelques mots : ils étaient les seuls éveillés à proximité, ils se devaient de faire quelque chose. Lorsqu'ils furent loin, Namdâe se leva.

— Nous pouvons partir. Tu as toutes tes affaires ?

Oyme hocha la tête.

— Oui, sauf celles que tu portes toi-même.

— Alors allons-y.

Avant que Oyme aie pu faire un geste, elle renversa le brasero qui chauffait la pièce depuis que les nuits s'étaient rafraîchies. Les braises se répandirent aux pieds de Oyme et la natte qui recouvrait le sol de bois commença de brûler. Namdâe prit la lampe qui trônait près du lit-coussin, et la jeta dans la pièce voisine, et le feu commença là aussi son travail de sape.

— Suis- moi !

Dans la fumée qui envahissait peu à peu l'étage de la hutte, seule la lueur de la petite lampe à main de Namdâe permit à Oyme de voir qu'elle se dirigeait vers la fenêtre. Paniqué, il se précipita à sa suite. Elle était déjà dehors et flottait là, devant lui, le bras tendu vers lui en un geste accueillant.

— Viens !

— Je vais tomber !

— Non, je t'attraperai et ralentirai ta chute. Viens !

Sans plus réfléchir, Oyme raffermit sa prise sur son balluchon, se percha sur le rebord de la fenêtre en prenant appui sur le cadre, et sauta. Namdâe lui saisit un bras tandis qu'il s'accrochait à elle de l'autre et serrait ses jambes avec ses pieds. La descente fut rapide et l'atterrissage un peu rude, mais beaucoup moins que ce à quoi Oyme s'attendait.

— Dépêchons-nous, si les gardes ne sont pas trop stupides ils ne devraient pas tarder à revenir. Allez !

Oyme se releva non sans difficultés, resta un instant abasourdi devant sa hutte qui brûlait, et se retourna pour suivre Namdâe en clopinant avant qu'elle et sa lampe ne se trouvent hors de vue. Il ne remarqua pas le message que Namdâe avait laissé devant la porte, assez loin pour que le rouleau de papier ceint d'un ruban rouge échappe aux projections de débris enflammés.

...

Ensuite, une partie du voyage, durant lequel namdâe explique plein de choses à Oyme…

L'ancienne croyance des gens qui avaient quitté leur planète dans les Graines était que chaque planète avait son ou ses dieux. Mais durant le voyage entre leur ancienne planète et la nouvelle, ils se soustrayaient à la protection de leurs anciens dieux pour se tourner vers d'autres, encore inconnus.

— Nous ne les avons toujours pas trouvés avec certitude, mais l'impression générale est que nous sommes sur la bonne voie !

La façon dont Namdâe énonçait cette phrase terrifiante, avec un sourire sincère, donna des vertiges à Oyme : comment vivre sans dieux ? Lui qui avait jusque-là passé toute son existence au sein du Clan, dont la vie était rythmée par les prières et sacrifices personnels ou communs, et dont le but n'était que de survivre pour servir les Cinq, il ne parvenait pas à comprendre cette insouciance. Oui, c'était cela : ces gens avaient visiblement une vie superficielle, pleine d'incertitudes et d'errances, mais ils traitaient avec légèreté la divinité qui pourrait donner un but à leur existence. Oyme sentit son coeur se serrer : et si ce qu'elle disait là n'était que mensonges ? Si elle et ses semblables avaient inventé de toutes pièces cette histoire invraisemblable de mondes lointains et différents, de voyages dans le vide entre les étoiles, de vaisseaux dont les noms et l'organisation seuls avaient été la base de la religion du Clan ? S'ils ne la racontaient aux pauvres naïfs comme lui que pour les blesser au plus profond d'eux-mêmes, sans espoir de guérison puisqu'ils ne leur promettaient qu'une absence de dieux là où on les emmenait ?

Il s'ouvrit de ces doutes à Namdâe, qui se voulut rassurante mais ne parvint pas vraiment à le calmer.

— Le Clan vous opprime, vous prive d'une vie qui pourrait facilement être plus agréable. Tout cela en vous imposant des règles devenues inutiles au nom de dieux qui n'existent pas. Comment pourrions-nous vous laisser dans cette misère ? Vous ne connaissez rien à l'amour véritable, à l'art, au rire gratuit. Quand as-tu ri pour la dernière fois ? C'était sans doute à une moquerie mesquine visant un collègue, ou au malheur d'apparence ridicule qui frappait un voisin. Le moindre écart de pensée est puni, et le pire c'est que souvent le "coupable" s'inflige lui-même la punition. Et pire que tout, on vous impose d'oublier le passé, de ne pas penser à l'avenir.

— Vu comme ça, la vie que nous menons pourrait faire pitié, c'est vrai, mais…

— C'est comme ça que nous la voyons depuis chez nous. La plupart des Syegj' s'en contrefichent, mais quelques-uns comme Demrây et moi voulons essayer d'y remédier. À chaque Conversion réussie, comme c'est le cas pour toi, nous espérons avoir poussé le Clan un peu plus près de sa fin ; parce que ce qu'il est, ce qu'il fait, est inadmissible.

Oyme se raidit :

— Tu veux parler des exécutions.

Namdâe hocha la tête lentement, sans un mot.

— Mais ce qu'ils font ne dépend que de vous, pourtant. Si vous cessiez de vous insinuer parmi nous…

— Tu ne comprends pas ?

La dureté du ton de Namdâe surprit Oyme, qui sursauta se recula un peu dans la charrette.

— Certains veilleurs ont péri par la main des Hauts Chasseurs, c'est vrai. Mais la plupart du temps, ce sont tout simplement des gens du Clan qui ne comprennent réellement pas ce qui leur arrive ! Et les enfants, tu as pensé aux enfants ?

Oui, évidemment. Mais il aurait préféré oublier, laisser ses mauvais souvenirs s'effilocher pour pouvoir enfin regarder en face l'avenir qui l'attendait chez les Syegj'. D'après ce que lui racontait Namdâe, il avait compris que ces gens accordaient à la vie d'un gjinza l'importance que lui aurait aimé y voir. Mais il avait choisi la survie, parce qu'on ne lui avait jamais dit qu'il avait le choix, et il avait dû devenir tout ce qu'il avait détesté, avec en plus un succès qu'il n'avait pas recherché ni même apprécié.

— Tu y as pensé ?

— Oui, merci de me rappeler les pires souvenirs de ma première formation, très aimable de ta part.

C'est au tour de Namdâe d'être effrayée par le ton de son compagnon de route. Comme d'habitude, Demrây se contente de tourner un peu la tête vers eux, réaction minime et neutre à leurs discussions.

— Je ne voulais pas te…

— Non, tu ne voulais peut-être pas. Mais je me demande toujours : comment vais-je pouvoir vivre parmi vous alors que j'ai appris si tôt à vous chasser, vous et vos "complices" ? D'ailleurs, pourquoi m'as-tu conseillé de chasser le nigju ? Pourquoi pas le foulne, pourquoi m'interdire d'emmener ne serait-ce qu'une seule amulette issue de foulnes ?

Namdâe dut percevoir l'angoisse et la peur de savoir derrière ce grondement de colère, et ne répondit pas tout de suite. Intrigué par le silence, Demrây se tourna vers eux, et se détourna presque aussitôt pour regarder la route et diriger les oâzins. Finalement ce fut lui qui répondit, toujours sans les regarder.

— Les nigjus sont de vrais fléaux, ils n'ont pas de jugeotte et juste assez de cervelle pour pourrir la vie des pauvres gens qui habitent à côté. Les foulnes sont différents. Leur chant est leur langage, troublant à écouter et difficile à apprendre, mais une fois qu'on s'y habitue il y a moyen d'avoir des discussions passionnantes avec eux. Quelques-uns ont appris le gjinzan, aussi. Ils nous ont dit qu'ils se nomment eux-mêmes les Lyeryg, "le Peuple de l'Air", ou quelque chose d'approchant.

Il se retourna de nouveau brusquement, surpris, et dû stopper les oâzins en urgence : Oyme avait sauté du chariot, ou en était tombé. Il était maintenant à genoux sur la terre battue de la route, les bras serrés devant son visage. Namdâe s'approchait de lui en flottant doucement, avançant à force de petites poussées discrètes de son pied contre le sol.

Elle resta penchée sur lui un moment, et revient précipitamment vers le chariot pour annoncer :

— Il est malade. On ne peut plus avancer aujourd'hui, il faut monter la tente.

(Un peu brusque, mais ça sera amélioré par la suite ^^°)

... Voilà, ce sera tout pour l'instant... Un peu plus demain. En attendant, tapoti-time (le tapoti de la dernière chance)

lundi, novembre 13 2006

J12 - Chute

Youpi, j'ai presque rattrapé mon retard ! L'histoire a atteint son premier tournant : Oyme a des ennuis...

Il se dit qu'il pourrait chercher à régler ce problème après la chasse du jour, mais il revint tard le soir et remit cela au lendemain. Il n'eut pas le temps d'aller trouver les gens du Feu : alors qu'il venait de s'endormir, on le réveilla sans ménagement en criant son nom devant sa hutte.

Il jetta un oeil à la fenêtre : c'était un gj'ao du Feu, facilement reconnaissable à la couleur rouge de sa gubtul, dans laquelle se reflétaient les flammes de torches, et à l'imposante armature de coiffure dont les branches arquées soutenaient de longues mèches de cheveux. Les couleurs qui parcouraient ces mèches indiquaient la sous-caste, mais Oyme ne parvint pas à les distinguer. Du reste, ça ne changerait pas grand-chose : avoir en bas de chez soi un gj'ao du Feu accompagné de gardes du Bronze-Brûlant n'était pas une bonne nouvelle, surtout la nuit.

Inquiet, Oyme se recoiffa sommairement sans utiliser d'autre accessoire qu'un banal lien à chignon et se précipita pour accueillir ses visiteurs.

--- Bonsoir, que puis-je faire pour vous ?

Le gj'ao du Feu brandit sous son nez un morceau de parchemin et déclara d'un ton morne :

--- On nous a rapporté que vous avez sans doute dans votre hutte des graines de Siev que nous n'avez pas légitimement gagné. En conséquence, ces messieurs ont pour tâche de faire en sorte que vous ne quittiez pas les lieux avant que je ne sois revenu demain en compagnie d'un juge de l'Air pour examiner votre habitation.

--- Pardon ?

Oyme n'en revenait pas. On l'accusait d'avoir gardé la monnaie des amulettes pour lui ? Quel ridicule !

--- L'accusation était-elle plus précise ? Était-il question d'amulettes détournées ?

--- Oui, en effet.

--- Ha ! Jamais rien entendu de plus stupide ! Savez-vous pourquoi je fais cela, ces voyages et ces veillées pour traquer le nigju ?

Il s'interrompit : il allait parler de Mereg, il n'en avait pas le droit.

--- Je ne suis pas venu pour écouter ces...

Oyme s'approcha du gj'ao du Feu.

--- Si, vous allez écouter ! Ces graines n'ont pas disparu parce que je m'y intéressais, mais parce que je les négligeais. Je ne les ai pas prises, parce que je ne me sens pas concerné par ces choses-là. Mais j'aurais dû surveiller ce qui se passait. Les jumeaux, par exemple, Skiva et Sked. Ils ont l'air d'avoir bien réussi, non ? Allez plutôt chercher de ce côté-là !

--- Ce n'est pas ce qu'on m'a demandé de faire.

Le ton dur du gj'ao souffla Oyme : il n'avait plus l'habitude qu'on lui parle de cette façon.

--- Je reviendrai demain avec un juge. Avez-vous brûlé des papiers aujourd'hui ?

Oyme fit signe que non.

--- Si nous trouvons des cendres suggérant que vous l'avez fait, de même que si nous trouvons des restes calcinés de graines de Siev, vous serez immédiatement considéré coupable.

Le gj'ao fit signe aux gardes de se placer près des ouvertures, souhaita la bonne nuit au prisonnier, puis s'en alla précipitament.

Demain, la fuite... Heu, la suite.

jeudi, novembre 9 2006

J9 - Apogée

Je suis en train de rattraper un sérieux retard... Oyme a fini sa formation, et il veut venger un ami tué par un nigju.

Le lendemain, Oyme vint à l'aube dans le dortoir des Chasseurs de sa sous caste et réveilla tout le monde.

- J'ai besoin de Chasseurs ! Forts, courageux, téméraires même, du moment qu'ils soient efficaces. Nous allons chasser le nigju !

- Pourquoi ?

Oyme se tourna et posa sur le jeune qui avait parlé un regard dur et méprisant :

- Tu me demandes pourquoi tuer des démons ? Es-tu fou, stupide ou trompeur ?

Un gj'ao plus âgé intervint.

- Hé là, du calme ! Oyme, nous te respectons tous, mais à mon avis, c'est sur toi que s'est abattue la folie. Pourquoi former un groupe de Chasseurs qui ne traquerait que des nigjus ? C'est ridicule ! Ils sont plus dangereux certes, mais aussi beaucoup plus rares que les foulnes. Ils tuent quasiment à coup sûr quand on les croise, mais on ne les voit presque pas. Pourquoi les chercher pour risquer de se faire tuer, alors qu'on manque déjà de Chasseurs ?

Un murmure se répandit d'un coussin lit à l'autre dans tout le dortoir ; approbation ou encouragement à Oyme pour qu'il donne une réponse, c'était difficile à dire. Quelques murmures un peu plus bruyants que les autres suggéraient que la motivation soit pécunière : les amulettes faites à partir de restes de nigjus se vendent bien plus cher que les autres, et le dirigeant d'un groupe ne chassant que les ailés de cuir pourrait se constituer une bonne réserve de graines de Siev.

Agacé, Oyme réclama le silence d'un geste nerveux de la main, et l'obtint rapidement.

- Les nigjus sont réellement dangereux : vicieux, agressifs, voleurs, tueurs. Il faut les traquer jusqu'au dernier pour avoir enfin la paix. Les foulnes sont violents, oui, mais seulement quand on les attaque. Et pourquoi les attaque-t-on ? Parce que les bruits qu'ils font à l'aube et au crépuscule ne nous plaîsent pas. J'ai vu des foulnes se jeter sur des nigjus pour faire diversion, et permettre ainsi à des Chasseurs de revenir avec des trophées de cuir. Il est injuste que das ces cas-là ils reviennent aussi avec des trophées de plumes.

Il s'interrompit, incapable de se faire entendre au milieu des insultes et des accusations de sacrilège. Cependant quelques gj'aos se levèrent au milieu de ce tumulte pour le rejoindre. Ils sortirent ensemble des huées des autres Chasseurs.

La souite demain !

dimanche, novembre 5 2006

J5 - I, 2 Apprentissage

Et hop, deux extraits pour le prix d'un !

La distribution des places pour le premier apprentissage :

Les responsables de la caste pour Legvohy arrivèrent enfin, suivis de quelques-uns des maîtres qui prendraient de nouveaux élèves cette année-là. L'appel commençait par la sous-caste de la Roche, et Oyme s'attendait à être appelé dès la deuxième tournée, pour l'Eau. Il n'en fut rien. Stupéfait, Oyme se dit qu'eux aussi l'avaient sans doute refusé. Il devrait donc certainement joindre les gens du Bronze-Brûlant, et menacer de son arme ses semblables les plus récalcitrants afin de faire régner l'ordre dans le village, ou au palais du Gjin'O, à Tjyfo. Dans un sens, il préférait cela, mais cette place ne changerait sans doute en rien le regard que lui porteraient les autres.

Il hésitait encore entre le soulagement et l'angoisse de devoir joindre pour sa deuxième formation une sous-caste qu'il ne voulait à aucun prix intégrer définitivement, lorsqu'on l'appela. Il crut avoir mal entendu, et les camarades de son âge durent l'interpeller avec force félicitations incrédules pour qu'il se décide à se lever pour rejoindre les Haut Chasseurs venus chercher leurs apprentis.

On l'accueillit avec gentillesse dans le petit groupe qui se formait et continuait d'accueillir d'autres jeunes gens, et il remarqua vite qu'il était le seul gj'ao de son âge. Les autres, de deux ans plus âgés, venaient pour leur deuxième formation : sauf accident grave ou particularité inattendue de caractère – il arrivait que le plus brave des jeunes démons perde son sang-froid lorsque des trompeurs se faisant passer pour gens du Feu étaient menés au bûcher – ils resteraient très probablement dans cette caste une fois cette deuxième période de deux ans terminée. Les seuls autres apprentis de son âge étaient des gj'ays, dont le rôle serait simplement d'aider les compagnes de chasseurs à préparer des amulettes de protection avec des restes de démons – griffes, bec, dents, plumes, voire ailes et queues entières de jeunes dont la mère avait déjà été tuée.

Les discutions allaient bon train dans leur petit groupe tandis que les deux dernières sous-castes appelaient les derniers jeunes, mais une fois de plus Oyme s'en trouva exclu. Cela ne le dérangeait pas, il avait l'habitude de rester à l'écart et commençait à apprécier une certaine solitude malgré un arrière-goût amer difficile à faire passer. En l'occurrence, cette tranquillité lui permettait de se préparer pour les deux longues années à venir : elles seraient difficiles pour son corps et son âme, mais deux ans seraient toujours plus courts qu'une vie entière.

Il se laissa enfin submerger par un soulagement différent de celui qu'il avait ressenti en croyant avoir été refusé par les Haut Chasseurs, un sentiment plus profond mais teinté de crainte : au moins, même s'il excellait à cette Chasse, on ne pourrait pas l'obliger à faire cela toute sa vie.

… Et deux ans plus tard :

La dernière exécution à laquelle Oyme assista en tant qu'apprenti des Haut Chasseurs devait être celle d'un gj'ao du Feu. Il avait découvert lui-même le fautif suite à une inspection minutieuse dans un village voisin. Cet exploit, ajouté à son statut de plus jeune apprenti des Haut Chasseurs depuis longtemps et au fait que cet apprentissage touchait à sa fin, lui valu l'honneur de participer activement à l'exécution. Il ligotta le condamné tandis qu'un autre Chasseur maintenait celui-ci couché en position foetale – le bassin en avant, les jambes relevées devant son visage, les bras enserrant les genoux et les mains relevées au-dessus de ceux-ci. Il lui noua les cheveux en une tresse serrée, ignorant ses larmes de rage et ses invectives incompréhensibles, que ce soit parce qu'elles étaient lancées dans la langue des démons ou simplement à cause de sa position, qui étouffait sa voix. Enfin, il arrosa largement démon et bûcher d'huile de noix, prit le flambeau qu'on lui tendait, et en toucha l'extrémité de la tresse ridiculement longue du condamné.

Il resta impassible devant le spectacle, le visage sérieux, sourds à la souffrance du condamné aussi bien qu'à la joie sombre des bourreaux. Il resta ainsi jusqu'à ce que la mort ai fait son travail, et que les bourreaux se dispersent. A la tombée du jour, il ne restait plus que des cendres au milieu desquelles gisaient un crâne immense, le dôme articulé qui en protégeait autrefois l'arrière et les côtés, une colonne vertébrale courte parsemée de quelques côtes, et des membres désormais méconnaissables et emmêlés. Un tas d'os, comme celui auquel se résumaient finalement tous les gjinzas.

Oyme rentra chez lui comme un somnambule, et ne s'endormit qu'à l'aube.

Valà. Un peu difficile, le passage qui se termine par ce deuxième extrait, c'était tout glauque et sinistre... La suite devrait l'être un peu moins (mais juste un peu.)

edit Il y avait une erreur dans le premier extrait, un démon qui s'était glissé où il fallait pas ! J'ai aussi modifié la feuille de style : maintenant les blocs de citation ne sont plus en italique, ça devrait être plus agréable à lire.

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