Chose promise, chose retardée. Quelques extraits en rafale pour me rattraper !
Le départ…
Ils commencèrent par rassembler toutes les affaires que Oyme souhaitait emporter : ses papiers, ses accessoires de coiffure, quelques souvenirs officieux, quelques objets fabriqués à partir de restes de nigju. Pour ce qui est des foulnes, Namdâe le supplia de ne rien emmener qui soit fait d'autre chose que des plumes. A part sa Lame, qu'il tenait à emmener, il abandonna sans regret ses armes de Chasse et celles qui lui servaient de simples accessoires de coiffure.
Pendant que Oyme terminait d'emballer tout cela, Namdâe se mit à la fenêtre avec un morceau de bois enflammé et resta là un long moment.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— C'est un signal convenu avec des amis, il vont faire diversion.
Elle referma le rideau et ils attendirent. Oyme resserrait nerveusement les uns après les autres tous les liens de ses quelques paquets, Namdâe griffonnait un message qu'elle entoura d'un ruban et lesta d'une pierre.
Peu de temps après, ils purent entendre des cris signalant que des foulnes s'approchaient du village, et les plaintes étranges de ceux-ci. Namdâe sourit en les entendant. Oyme, lui, frémit et se demanda encore une fois s'il avait fait le bon choix, mais il aurait été ridicule de reculer maintenant.
Au pied de la hutte, les deux gardes échangèrent quelques mots : ils étaient les seuls éveillés à proximité, ils se devaient de faire quelque chose. Lorsqu'ils furent loin, Namdâe se leva.
— Nous pouvons partir. Tu as toutes tes affaires ?
Oyme hocha la tête.
— Oui, sauf celles que tu portes toi-même.
— Alors allons-y.
Avant que Oyme aie pu faire un geste, elle renversa le brasero qui chauffait la pièce depuis que les nuits s'étaient rafraîchies. Les braises se répandirent aux pieds de Oyme et la natte qui recouvrait le sol de bois commença de brûler. Namdâe prit la lampe qui trônait près du lit-coussin, et la jeta dans la pièce voisine, et le feu commença là aussi son travail de sape.
— Suis- moi !
Dans la fumée qui envahissait peu à peu l'étage de la hutte, seule la lueur de la petite lampe à main de Namdâe permit à Oyme de voir qu'elle se dirigeait vers la fenêtre. Paniqué, il se précipita à sa suite. Elle était déjà dehors et flottait là, devant lui, le bras tendu vers lui en un geste accueillant.
— Viens !
— Je vais tomber !
— Non, je t'attraperai et ralentirai ta chute. Viens !
Sans plus réfléchir, Oyme raffermit sa prise sur son balluchon, se percha sur le rebord de la fenêtre en prenant appui sur le cadre, et sauta. Namdâe lui saisit un bras tandis qu'il s'accrochait à elle de l'autre et serrait ses jambes avec ses pieds. La descente fut rapide et l'atterrissage un peu rude, mais beaucoup moins que ce à quoi Oyme s'attendait.
— Dépêchons-nous, si les gardes ne sont pas trop stupides ils ne devraient pas tarder à revenir. Allez !
Oyme se releva non sans difficultés, resta un instant abasourdi devant sa hutte qui brûlait, et se retourna pour suivre Namdâe en clopinant avant qu'elle et sa lampe ne se trouvent hors de vue. Il ne remarqua pas le message que Namdâe avait laissé devant la porte, assez loin pour que le rouleau de papier ceint d'un ruban rouge échappe aux projections de débris enflammés.
...
Ensuite, une partie du voyage, durant lequel namdâe explique plein de choses à Oyme…
L'ancienne croyance des gens qui avaient quitté leur planète dans les Graines était que chaque planète avait son ou ses dieux. Mais durant le voyage entre leur ancienne planète et la nouvelle, ils se soustrayaient à la protection de leurs anciens dieux pour se tourner vers d'autres, encore inconnus.
— Nous ne les avons toujours pas trouvés avec certitude, mais l'impression générale est que nous sommes sur la bonne voie !
La façon dont Namdâe énonçait cette phrase terrifiante, avec un sourire sincère, donna des vertiges à Oyme : comment vivre sans dieux ? Lui qui avait jusque-là passé toute son existence au sein du Clan, dont la vie était rythmée par les prières et sacrifices personnels ou communs, et dont le but n'était que de survivre pour servir les Cinq, il ne parvenait pas à comprendre cette insouciance. Oui, c'était cela : ces gens avaient visiblement une vie superficielle, pleine d'incertitudes et d'errances, mais ils traitaient avec légèreté la divinité qui pourrait donner un but à leur existence. Oyme sentit son coeur se serrer : et si ce qu'elle disait là n'était que mensonges ? Si elle et ses semblables avaient inventé de toutes pièces cette histoire invraisemblable de mondes lointains et différents, de voyages dans le vide entre les étoiles, de vaisseaux dont les noms et l'organisation seuls avaient été la base de la religion du Clan ? S'ils ne la racontaient aux pauvres naïfs comme lui que pour les blesser au plus profond d'eux-mêmes, sans espoir de guérison puisqu'ils ne leur promettaient qu'une absence de dieux là où on les emmenait ?
Il s'ouvrit de ces doutes à Namdâe, qui se voulut rassurante mais ne parvint pas vraiment à le calmer.
— Le Clan vous opprime, vous prive d'une vie qui pourrait facilement être plus agréable. Tout cela en vous imposant des règles devenues inutiles au nom de dieux qui n'existent pas. Comment pourrions-nous vous laisser dans cette misère ? Vous ne connaissez rien à l'amour véritable, à l'art, au rire gratuit. Quand as-tu ri pour la dernière fois ? C'était sans doute à une moquerie mesquine visant un collègue, ou au malheur d'apparence ridicule qui frappait un voisin. Le moindre écart de pensée est puni, et le pire c'est que souvent le "coupable" s'inflige lui-même la punition. Et pire que tout, on vous impose d'oublier le passé, de ne pas penser à l'avenir.
— Vu comme ça, la vie que nous menons pourrait faire pitié, c'est vrai, mais…
— C'est comme ça que nous la voyons depuis chez nous. La plupart des Syegj' s'en contrefichent, mais quelques-uns comme Demrây et moi voulons essayer d'y remédier. À chaque Conversion réussie, comme c'est le cas pour toi, nous espérons avoir poussé le Clan un peu plus près de sa fin ; parce que ce qu'il est, ce qu'il fait, est inadmissible.
Oyme se raidit :
— Tu veux parler des exécutions.
Namdâe hocha la tête lentement, sans un mot.
— Mais ce qu'ils font ne dépend que de vous, pourtant. Si vous cessiez de vous insinuer parmi nous…
— Tu ne comprends pas ?
La dureté du ton de Namdâe surprit Oyme, qui sursauta se recula un peu dans la charrette.
— Certains veilleurs ont péri par la main des Hauts Chasseurs, c'est vrai. Mais la plupart du temps, ce sont tout simplement des gens du Clan qui ne comprennent réellement pas ce qui leur arrive ! Et les enfants, tu as pensé aux enfants ?
Oui, évidemment. Mais il aurait préféré oublier, laisser ses mauvais souvenirs s'effilocher pour pouvoir enfin regarder en face l'avenir qui l'attendait chez les Syegj'. D'après ce que lui racontait Namdâe, il avait compris que ces gens accordaient à la vie d'un gjinza l'importance que lui aurait aimé y voir. Mais il avait choisi la survie, parce qu'on ne lui avait jamais dit qu'il avait le choix, et il avait dû devenir tout ce qu'il avait détesté, avec en plus un succès qu'il n'avait pas recherché ni même apprécié.
— Tu y as pensé ?
— Oui, merci de me rappeler les pires souvenirs de ma première formation, très aimable de ta part.
C'est au tour de Namdâe d'être effrayée par le ton de son compagnon de route. Comme d'habitude, Demrây se contente de tourner un peu la tête vers eux, réaction minime et neutre à leurs discussions.
— Je ne voulais pas te…
— Non, tu ne voulais peut-être pas. Mais je me demande toujours : comment vais-je pouvoir vivre parmi vous alors que j'ai appris si tôt à vous chasser, vous et vos "complices" ? D'ailleurs, pourquoi m'as-tu conseillé de chasser le nigju ? Pourquoi pas le foulne, pourquoi m'interdire d'emmener ne serait-ce qu'une seule amulette issue de foulnes ?
Namdâe dut percevoir l'angoisse et la peur de savoir derrière ce grondement de colère, et ne répondit pas tout de suite. Intrigué par le silence, Demrây se tourna vers eux, et se détourna presque aussitôt pour regarder la route et diriger les oâzins. Finalement ce fut lui qui répondit, toujours sans les regarder.
— Les nigjus sont de vrais fléaux, ils n'ont pas de jugeotte et juste assez de cervelle pour pourrir la vie des pauvres gens qui habitent à côté. Les foulnes sont différents. Leur chant est leur langage, troublant à écouter et difficile à apprendre, mais une fois qu'on s'y habitue il y a moyen d'avoir des discussions passionnantes avec eux. Quelques-uns ont appris le gjinzan, aussi. Ils nous ont dit qu'ils se nomment eux-mêmes les Lyeryg, "le Peuple de l'Air", ou quelque chose d'approchant.
Il se retourna de nouveau brusquement, surpris, et dû stopper les oâzins en urgence : Oyme avait sauté du chariot, ou en était tombé. Il était maintenant à genoux sur la terre battue de la route, les bras serrés devant son visage. Namdâe s'approchait de lui en flottant doucement, avançant à force de petites poussées discrètes de son pied contre le sol.
Elle resta penchée sur lui un moment, et revient précipitamment vers le chariot pour annoncer :
— Il est malade. On ne peut plus avancer aujourd'hui, il faut monter la tente.
(Un peu brusque, mais ça sera amélioré par la suite ^^°)
... Voilà, ce sera tout pour l'instant... Un peu plus demain. En attendant, tapoti-time (le tapoti de la dernière chance)