Daelf

vendredi, juin 25 2010

Sur la plage de Chesil, Ian (sans i) McEwan (sans espace)

Oui, je la fais de suite, sinon à force de procrastiner je vais rien dire (cela dit là je procrastine le peu de ménage nécessaire pour me permettre de jouer à la boulangère. Un peu tard, j'avais dit qu'on ne m'y prendrait plus ; tant pis.)

Or donc de quoi qu'il est-il question ?
J'avoue, pour une fois c'est un bouquin que je n'ai pas choisi du tout. C'est Batô qui me l'a mis dans les mains la dernière fois qu'on est allés chez elle (y'a, euh... Houlà non chut) me disant grosso modo "lis ça, c'est bien." J'ai dit "ah bon d'accord." Puis j'ai trouvé sur un blog que je lis souvent (... tous les jours, en fait ; merci Matthias) un avis de quelqu'un qui lit régulièrement de "vrais" livres (à savoir, pas la pseudo-littérature pour adulescents qui fait mon ordinaire - SF, Fantasy et autres trucs souvent mal famés.)

Et je suis assez d'accord sur l'impression a priori : jamais je n'aurais choisi ce bouquin toute seule. L'histoire l'anecdote, presque est simple : nous sommes en 1962, Edward et Florence viennent effectivement de milieux bien différents, ils ont 22 ans*, ils se sont mariés, et maintenant ils sont à l'hôtel où ils vont dîner et consommer leur union. Enfin, consommer, en principe. Parce qu'ils sont vierges tous les deux, et d'une part Edward ne sait pas s'il sera à la hauteur ou même capable de faire quoi que ce soit, et d'autre part Florence est tellement pétrifiée à l'idée de "ça" qu'elle arrive à peine à s'exprimer ce sentiment. Mais elle aussi veut être à la hauteur, alors bon, un peu de courage, quoi.
Attention spoiler-qui-n'en-est-pas-un : ça finit mal.

Je suis d'accord aussi sur le reste, en fait : l'auteur prend son temps pour nous parler de ses personnages en longs flashbacks (oui, encore, mais de façon plus soft que Banks... je sais pas trop comment dire ça) entre deux moments de tension à l'hôtel. C'est lent, contemplatif, plutôt paisible dans l'ensemble.
Et si le but de l'auteur était bien de nous faire penser, à propos de ces deux-là et de ce qui s'est passé sur la plage de Chesil : "Quels imbéciles ; mais bon ils étaient pas aidés, aussi..." on peut dire que c'est réussi. Enfin, voilà comment une histoire d'amour peut être réduite à rien : par le manque d'information, d'éducation (et de maîtrise de soi ; mais si on n'a pas le reste pour y arriver, forcément...)

Tout ça me fait penser à un passage de Sans parler du chien, où un historien "en visite" à l'époque victorienne (qui n'est pas sa spécialité) est ébahi de voir que personne ne mentionne que la chatte attend des petits : ce serait sous-entendre qu'elle a forniqué avec un mâle quelque part, et ce genre d'allusion est teeeellement inconvenant !

Sur ce, je n'en rajoute pas, j'ai peur d'en dire trop (et ce serait affreusement inapproprié.)

The steep approach to Garbadale, Iain (sans M.) Banks

C'est l'histoire d'un type...

Oui, pour une fois je ne commence pas par "ça se passe à tel endroit et à tel moment", parce que ça se passe grosso modo en Grande-Bretagne aux alentours de 2005. Comme c'est pas très exotique pour commencer un (vague) avis de lecture (que je ne rédige que pour me secouer un peu), je fais dans la référence vaseuse (pour aller avec les vagues.)

Donc, c'est l'histoire d'un type, Alban, qui fait partie d'une famille dont la principale caractéristique est de posséder une entreprise qui fabrique des jeux, dont un qui a eu un certain succès en plateau, et un énauuuurme succès (inattendu) en jeu vidéo : "Empire!" (oui, la ponctuation est anglo-saxonne, fatalement.) Il ne porte pas LE nom (Wopuld, quel nom bizarre) et ne se sent pas toujours très impliqué dans la famille elle-même ni dans l'entreprise qu'elle gère, du coup quand il peut éviter de signaler qu'il est proche de tout ça, il évite. D'ailleurs il a eu occupé[1] un poste relativement important dans l'entreprise en question, mais a fini par démissionner, pour tout un tas de raisons.

Le livre est composé d'une bonne partie de flashbacks, mais la ligne conductrice est celle-ci : quelques années plus tôt, Spraint, une firme américaine, a acheté un quart de l'entreprise des Wopuld, et Alban s'était prononcé contre. Maintenant Spraint veut acheter le reste, et un cousin d'Alban vient traquer celui-ci jusque dans sa "retraite secrète" pour lui demander de convaincre le reste de la famille qu'il ne faut pas vendre. Et accessoirement, après l'assemblée générale extraordinaire où la chose sera négociée (oui, non, et si oui combien), ils fêteront tous ensemble - dans la grande propriété familiale de Garbadale, en Ecosse - le nonantième (or so) anniversaire de la matriarche du "clan", Winifred dite "Win" (how appropriate), une gentille manipulatrice sournoise.

Dans les flashbacks, on découvre principalement les relations plutôt tendues d'Alban avec Win, sa première histoire d'amour lorsqu'il était adolescent - une affaire pour le moins tumultueuse -, plein d'autres petites choses sympathiques sur la famille, et en particulier les circonstances entourant le suicide de sa mère...

Et c'est bien. J'ai mis longtemps à le lire, mais surtout pour des raisons indépendantes de ma volonté, et à cause d'une bizarrerie narrative qui m'a un peu heurtée au début... Quelque chose à rapprocher des chapitres les plus bizarres de Feersum endjinn, mais en moins flagrant (juste quelques fautes de s et 's)... et en fait c'est dommage, parce que ça ne se retrouve que trois ou quatre fois, et au final je me suis dit : euh oui mais pourquoi ? Il y a peut-être des subtilités plus subtiles dans d'autres parties, où le narrateur adopte la "voix" d'autres personnages de façon moins flagrante (pour commancer, on reste dans une bête narration à la troisième personne, alors que les parties "avec fautes" sont narrées à la première personnes par un copain d'Alban.)
Brèfle, les personnages sont bien faits, et clairement dans ce genre de roman c'est une bonne part de ce qui en fait la réussite ou non. C'est plein de petits moments, de petites anecdotes et de détails, un peu partout dans le monde, en plus, qui rendent le tout très concret... et le - les ? - grands moments, qui se construisent sur une série de petits moments et de non-dits, sont savoureux (on va le dire comme ça.)

On ne peut pas dire que ce soit léger et rafraîchissant, mais c'était bon. D'ailleurs j'ai décidé de lire au moins trois bouquins de non-SF d'affilée (j'en visais cinq, mais finalement je vais être réaliste. Enfin, je vais essayer.)
A suivre : Sur la plage de Chesil, lu, et L'ombre du vent, à peine entamé.

Notes

[1] J'aime bien tenter des temps surcomposés, des fois... à des endroits où c'est pas grave si c'est un plantage absolu ^^

dimanche, mai 9 2010

La Sinsé gravite au 21 - Roland C. Wagner

Voilà, je me remets à lire, je décide de me remettre à en causer, et j'en ai déjà trois de retard. Vite vite vite, rattrapons tout ça.


Après m'être infligé des bouts de Robin Hobb pour bien être sûre que je ne voulais pas recommencer de sitôt, j'ai voulu relire un truc sympa en français. C'est tombé sur La Sinsé gravite au 21, puisque le hasard m'en a flanqué un extrait sous le nez.

La Sinsé gravite au 21Roland C. Wagner[1] a beaucoup écrit, et écrit toujours. Il vaut mieux, puisqu'il fait partie des rares auteurs français qui vivent de leur plume, et parmi ceux-là, fatalement, ceux qui écrivent de la SFFFFFFF[2] sont encore plus rares. Ses textes les plus connus sont les romans (assez courts en général, il me semble) de la série des Futurs Mystères de Paris, qu'on peut qualifier de SF optimiste puisqu'ils se déroulent dans un avenir où le monde a certes subi un genre d'apocalypse, mais dont l'humanité est sortie foncièrement pacifique, et parfois mutante. J'en ai lu quelques tomes que j'ai trouvés sympathiques sans forcément accrocher plus que ça, mais d'après une critique lue récemment je n'ai pas encore vu le meilleur de la série... J'y retournerai donc. Mais pas tout de suite.

La Sinsé..., donc, est un Space Opera où l'on suit les aventures d'un pilote spatial indépendant, Viper, qui va se retrouver dans les situations les plus invraisemblables, devant au final sauver le monde plusieurs fois (plusieurs mondes à la fois, même, en fait.) Parmi les données du problème[3] : des interfaces homme-machine "bio-électroniques", dont un prototype équipé d'une IA particulièrement performante, de méchants nippo-américainq pudibonds et aggressifs, et de gentils néo-néerlandais pacifistes très "nature", sur la planète desquels pousse une plante aux propriétés psychotropes qui pourrait bien être en fait une créature intelligente...

"Un livre à faire tourner", comme dit l'auteur ^^ (qui fait des dédicaces rigolotes quoique pas toujours très lisibles.) C'est léger sans être simple (et pas simpliste non plus, même si on sent que l'auteur ne porte pas les Etat-Uniens dans son coeur[4]), très bien fichu, on ne s'ennuie pas une seconde, et puis c'est plein de petits trucs rigolos.

Déjà, c'est bourré de références dans tous les sens. Le titre est un calembour honteux en allusion à un polar que je n'ai ni lu ni vu, on trouve dans l'ensemble pas mal de références plus ou moins subtiles à d'autres auteurs - de SF ou pas. Certaines que j'avais déjà remarquées à la première lecture (comme une série de trois noms à peine déguisés, je les donne pas sinon c'est pas drôle ; un ET particulièrement bizarre et représentant d'une espèce toquée de vieille BD s'appelle Achille Talon... ) et d'autres non (le titre d'un des chapitre est celui d'un roman de Robert heinlein - Les vertes collines de la Terre... et je suis sûre que beaucoup d'autres me sont passées à des lieues au-dessus de la tête.) Et puis on apprend des trucs : trouvant au bout d'un moment assez suspectes les allusions au chanvre (le prototype de biopuce s'appelle Ganja, et la plante est appelée la Sinsé... bon y'en a pas tant que ça.) j'ai appris que "sinsemilla" signifie "sans graines", et le fait que la plante en question n'en produise pas est important dans l'histoire. Comme quoi.

Quant aux personnages, aux éléments de l'histoire, ils sont variés et hauts en couleurs. On ne s'attarde pas toujours dessus, du coup on n'a pas le temps de se lasser... mais pour ma part j'aurais bien aimé en savoir plus, ou au moins voir un peu plus, de certains (personnages et autres éléments intéressants.)

Et sur ce point-là, j'ai été surprise : au bout de cette relecture, il m'est apparu de façon assez limpide que tous les éléments étaient présents pour qu'une série se mette en place : un héros, une comparse sexy, un side-kick improbable, une quête confiée par un vieillard mystérieux,[5] et un antagoniste auquel le héros doit beaucoup (ahem).

Déjà, c'est assez rare pour moi de "voir" comme ça les "ficelles" d'un bouquin, mais faut dire qu'avec Hobbet ses gros sabots juste avant, j'ai dû être sensibilisée. Et surtout, renseignements pris auprès de l'auteur, qui fréquente assidûment quelques forums, j'ai eu la surprise d'apprendre que oui, une série était prévue, mais que les aléas éditoriaux étant ce qu'ils sont, seuls les deux premiers épisodes sont finalement parus.

Dommage qu'on n'aie pas eu la suite, du coup, j'aurais bien aimé en savoir plus... Mais le roman est déjà trèèès bien comme ça, et franchement je le recommande.

Notes

[1] Avis aux gens qui chercheraient sa bibliographie sur NoosSFère : il faut chercher uniquement le nom de famille, ou avec le prénom *et* l'initiale, sinon pfuit ! La recherche ne reconnaît pas et passe en mode "phonétique", et ne trouve hélas aucun "rolanwagnai".

[2] Je sais plus où m'arrêter... On va dire que c'est ma contribution au débat sur les genres.

[3] très complexe et que je ne saurais pas réexpliquer ici sans relire une partie du bouquin, masi bon de toute façon c'était pas mon intention - d'expliquer, hein...

[4] Bon, je triche, j'ai aussi lu La Saison de la sorcière, où ça se voit encore plus.

[5] Oui, nous sommes toujours dans une histoire de SF... Et même si dit comme ça les stéréotypes ont l'air tout droit sortis d'une histoire de Fantasy, je peux vous assurer qu'ils sont 100% SF...

jeudi, octobre 15 2009

Rattrappage bouquins - 2

Et hop !


La Cité de Perle (Les Guerres Wess'Har tome 1) de Karen Traviss. Un space-opera où les humains sont en minorité sur une planète à l'équilibre écologique fragile, protégée par une espèce intelligente qui habite la porte planète à côté. J'ai pas retenu les détails, mais dans l'ensemble c'est très sympa, avec de bonnes idées, pas trop manichéen, même si sur la fin on se dit que la suite risque de l'être plus. Je la lirais bien, à l'occasion.


Hypérion & La Chute d'Hypérion, de Dan Simmons : pas grand-chose à dire, sinon que j'ai relu ce classique (en deux tomes, certes) avec un certain plaisir. Par contre, la/les séquelle/s (Endymion et L'Eveil d'Endymion), bof. Franchement. Pas réussi à lire bien loin.


La Machine à différences, de William Gibson et Bruce Sterling : un classique steampunk. J'en avais entendu le titre très souvent, et sûrement du bien, par-ci par-là, Le problème est qu'ici, à mon avis, le quatre mains ne fonctionne pas du tout : j'en garde une impression de décousu, de longueurs inutiles au début pour une conclusion précipitée, avec des passages incompréhensibles (je pense en particulier aux trois pages et des brouettes - version Livre de Poche - juste avant la dernière partie, qui commencent par "Se représenter Edward Mallory..." : à la fin je me suis dit "... mais WTF ?" Littéralement. Bref soit c'est complètement raté et un exemple de plus d'oevre usurestimée, soit c'est juste pas du tout à mon goût, soit j'ai complètement raté ce qui rendait ce livre intéressant (et c'est possible, même si je n'ai pas eu l'impression qu'il faille de solides connaissances de la réalité de l'époque évoquée pour suivre.) En tout cas je ne peux pas dire que c'est mal traduit ; une phrase qui m'avait paru un contresens évident est en fait tout aussi chien-dans-un-jeu-de-quillesque en VO. Foirage donc pour une première lecture, mais je retenterai sans doute un jour : ce serait pas la première fois qu'une deuxième ou énième tentative se passerait mieux.

Pis faut dire que passer après ce que j'avais lu avant, c'était pas facile.


Juste avant : Rivage des Intouchables, de Francis Berthelot. C'est juste magnifique. Superbement écrit, plein de poésie, d'émotions fortes, de symbolisme (qui saute aux yeux quand on sait, mais apparemment quand on ne sait pas ça se voit pas forcément. Donc chut.) Bref, plein de bonnes choses. Deux mots sur l'histoire, qui ne lui rendront pas justice mais poseront un chouïa le décor. Ça se passe sur une planète où la mer, l'eau, est une conscience à part, et où les humains, installés depuis trèèès longtemps, ont évolué en deux races qui ne se côtoient pas, ne se touchent pas. Jamais. Sauf pour faire la guerre. Et justement, quand commence l'histoire, la grande guerre est finie depuis peu, les Yrvènes de l'eau et les Gurdes des terres sèches commencent à se réconcilier et à entretenir de timides relations surtout commerciales, toujours sans contact de peau humide pigmentée à peau écailleuse un peu rèche. Et l'histoire est celle d'Arthur, un jeune Gurde qui à quatre ans ne parlait toujours pas, et de Cassiãn, un Yrvène qui à sept ans était déjà rebelle... Ils vont grandir, devenir des "transvers", ces gens qui touchent ceux de l'autre race au mépris d'une loi jugée "naturelle" et immuable. C'est très poétique, très juste, très bon, très recommandable, très recommandé.


J'ai lu aussi, avant tout ça, un superbe recueil d'une huitaine de nouvelles de Serge Lehmann, Le Haut Lieu et autres espaces inhabitables (Denoël, Lunes d'Encre), que je recommande chaudement. Mais avant ça, encore avant, y'a longtemps, j'avais lu Le Livre des Ombres, un beau pavé de nouvelles (déjà) paru chez l'Atalante, nouvelles liées entre elles d'une façon parfois un peu artificielle, mais qui annnonce bien qu'elles font toutes un peu partie du même univers. Certains textes sont plus clairement reliées entre eux,

Aucune Étoile aussi lointaine est un roman qui se passe dans cet univers, et d'où sont extraits certains des textes du Livre des Ombres. L'histoire d'un jeune garçon qui rêve de devenir pilote de vaisseau, à une époque où justement le voyage interstellaire devient instantané, et où l'époque héroïque des pilotes prend fin… Il y arrivera, et se trouvera investi d'une mission de la plus haute importance, qui l'emmènera sur plein de planètes différentes. (Et c'est très bon, très bien écrit, très prenant.)


Aquaforte... C'est bien. C'est très bien, même. Mais c'est très étrange. Même juste après la lecture, j'en retenais surtout des ambiances, des scènes particulières, la trame restant finalement assez floue. Il y a eu une guerre civile dans pays d'un monde étrange, les dissidents sont recherchés, deux se retrouvent par hasard et échouent dans la même ville (aussi luxuriante que les contrées dont ils viennent sont sèches et désertiques.) Le personnage que l'on comprend après coup être central n'arrive que tard


Le travail du furet, J-P Andrevon, un classique qui le mérite. Le principe de ce futur dystopique est simple : la population est trop importante, mais plutôt que de chercher une vraie solution, le gouvernement a eu une idée de génie : confier la régulation à des furets, des tueurs professionnels qui ont pour mission d'éliminer (avec les moyens jugés les plus appropriés, ils peuvent être très violents voire explosifs) les citoyens tirés au sort dans la grande loterie. Le hic : ladite loterie est semble-t-il truquée pour améliorer les statistiques de la santé publique... Un furet va finir par mettre son nez là-dedans alors qu'à la base, il n'en a pas vraiment envie.

Surtout ne lisez PAS la quatrième de couverture. Elle saute les trois quarts du bouquin pour évoquer un événement qui n'est pas forcément évident au moment où on y arrive. Si ça se trouve, c'est comme pour le père de Luke et autres spoilers éventés de longue date, vous savez déjà, mais bon c'est une question de principe.


Faerie Hackers, de Johan Héliot... mes souvenirs sont flous. Un démon, des jeux vidéo, un zest de Faust, une menace de fin du monde. Bof, sympa, mais pas inoubliable. Je l'ai trouvé plutôt maladroit, ou un peu lourd, la nuance exacte de mon ressenti m'a échappé. En tout cas j'ai beaucoup moins aimé que la série steampunk de la Lune.


Et voilà. J'en ai zappé quelques-un, mais j'y reviendrai. Un jour. Peut-être. Si quelqu'un me demande gentiment.

mardi, octobre 13 2009

Rattrappage bouquins - 1

… Comme quoi tout arrive T__T


Aux Utopiales, la loterie du club Présences d'Esprits nous a permis de repartir avec les deux seuls (si, si) bouquins acquis là-bas : La Grande Porte et Sur l'onde de choc.

La Grande Porte est un classique (de F. Pohl) qui manquait à ma culture avant que je le lise, maintenant je sais qu'il me manquait tout court. C'est un très très bon livre. Et plutôt bien traduit. D'un côté le perso principal suit une psychanalyse avec une intelligence artificielle (parfois représentée par un robot, parfois non) en guise d'analyste ; les dialogues sont tordus à souhait et l'évolution de l'état d'esprit du personnage (Bob ? Rob ? Son prénom complet est ridicule et l'abréviation varie, ça fait partie du "jeu") très convaincante. De l'autre, on suit son apprentissage et ses sorties en tant que prospecteur… L'humanité, à cette époque, a découvert par hasard les vestiges d'une civilisation galactique puissante et absolument disparue, et parmi les vestiges se trouvent des vaisseaux à l'ergonomie bizarre (manettes, "tétons", spirales chauffantes... et très peu de place en dehors des sièges inutilisbles en l'état par des humains) que les hommes savent à peine utiliser. Ils le font tant bien que mal, à coups d'essais plus ou moins fructueux et d'erreurs la plupart du temps tragiques, et les prospecteurs qui voyagent ainsi le font dans l'espoir de la gloire et de la fortune. Et par désespoir aussi. J'ai particulièrement apprécié le côté vraiment inconnaissable des zitis...


Suivant. Certes, comme a dit Draco en voyant que je lisais "Sur l'onde de choc" de John Brunner, "C'est vachement bien". J'ai même eu quelques désagréables impressions de déjà-vu, notamment en ce qui concerne une société en "accélération" constante pour éviter de regarder ses problèmes en face, sans compter la base de données monstrueuse constituée à propos de tous les aspects de la vie des citoyens. Et pourtant ce roman a été écrit il y a trente ans ! Mais comme je sais que je manque de recul et de références, là s'arrêtera ma remarque sur le fond politique. Et comme le fond est surtout politique… (C'est du Brunner, hein.) Sur la forme… Tiens, encore un livre bien traduit. A part ça, j'ai beaucoup aimé, c'est éclaté en plusieurs lignes narratives et bouts "bonus", un peu comme "Tous à Zanzibar" mais pas encore aussi poussé (déjà, les deux lignes narratives principales concernent le même personnage, simplement elles ne sont pas narrées de la même façon.) … Je sens que si je commence un vague résumé je vais tout spolier, donc voilà c'est tout.


Ensuite, Nation, de Terry Pratchett, que j'ai fini hier ce matin tôt[1]. Ça faisait longtemps que je n'avais pas retardé de plusieurs heures un sommeil pourtant nécessaire juste pour finir un bouquin. Quoique, avec Transparences, j'avais bien dû prendre une heure ou deux… Mais pas quatre. Mais commençons par le commencement.

Si on dit "Terry Pratchett" à quelqu'un qui a lu quelques-uns de ses bouquins ou en a au moins entendu parler, il pourra répondre automatiquement "Disque-Monde". Et pour cause, à part quelques romans1 écrits avant ou au début de cette longue série, eh bin y'a pas grand-chose. Bon, celle-ci compte pas loin de quarante romans en incluant ceux catalogués "jeunesse", plus quelques "bonus"2, c'est quand même pas mal. Enfin, on a beau aimer se replonger dans son vieux fauteuil un peu usé mais tellement confortable, des fois on aimerait bien changer. Ça tombe bien, Nation ne fait pas partie de la série du Disque-Monde.

Ça se passe chez nous, ou presque. Peu de temps après la guerre de Crimée (aux alentours de 1860, genre), la grippe russe fait des ravages en Europe, et la famille royale d'Angleterre est décimée, et pire encore. Un navire est envoyé de toute urgence vers le Grand Océan Pélagique Austral3 (globalement équivalent au Pacifique, bien sûr, sauf que l'Australie est en fait séparée par une mer en "Proche Australie" et "Extrême Australie"4) pour récupérer l'héritier de la Couronne – gouverneur d'un coin paumé – et sa fille (13 ans à tout casser) – en route depuis l'Europe pour le rejoindre, et presque arrivée au moment où se produit le tsunami. Le navire qui transportait la jeune fille s'échoue sur une île, où elle va devoir apprendre à cohabiter avec l'unique survivant local de la catastrophe, et bientôt des rescapés des îles voisines qui afflueront progressivement.

Sauf que l'histoire est principalement celle de Mau, ledit survivant, dernier représentant de la Nation (l'île en question, donc. D'où le titre. Quelle coïncidence.) Le jour où le tsunami a frappé était celui où il devait revenir de la petite île toute proche où a traditionnellement lieu l'initation des jeunes hommes ; ils y laissent leur âme de garçon et en revenant chez eux reçoivent leur âme d'homme au court d'une fête avec tout le village… Qui n'était plus là quand il y retourna. Cette histoire d'âme le tracasse beaucoup, en plus du traumatisme de la catastrophe il y a une recherche d'identité, beaucoup de questions sur les dieux et les responsabilités… (Et il y a aussi quelques éléments surnaturels non divins plus ou moins bien perçus ou acceptés par les personnages.)

Alors indéniablement c'est du Pratchett. Du Pratchett plutôt sérieux, et ce ton convient mieux à ce monde-là qu'au Disque-Monde, je trouve. La narration est claire sans être tout à fait linéaire, et c'est bon (même si on trouve ici et là quelques facilités ou faiblesses scénaristiques, concernant par exemple les autres survivants du Sweet Judy, ou des arrivées bien synchronisées… Mais bon ça passe. Dans l'ensemble.) Je déplore aussi la présence d'un personnage de type "il est méchant PARCE QUE." Ça c'est agaçant, mais on ne le voit pas beaucoup et la scène est plutôt bonne, j'ai trouvé. Dommage, mais pas rédhibitoire.

On retrouve quand même quelques facéties typiquement pratchettiennes, dont quelques notes de bas de page "instructives" (mention spéciale au "palmier solitaire" et à la "pieuvre arboricole", mais celle-là "existait" déjà !)

L'émotion est présente à de nombreuses occasions, sans trop de facilité j'ai trouvé. La fin est sympathique, et vu la tournure de l'histoire, j'ai apprécié toute absence de référence à *bruit de revolver* (mais après tout ce thème n'est peut-être devenu à la mode qu'au vingtième siècle ?)

Et dans l'ensemble, même si certains traits de caractère des personnages me rappelaient parfois certains "archétypes pratchettiens", la plupart sont assez frais, et j'ai même réussi à n'avoir aucune pensée pour le monde plat habituel de l'auteur lorsqu'il fit référence à la bouliformitude du monde où se déroule Nation. Même la Mort de ce monde est très différent(e).

En bref, un bon Pratchett, qui se lit bien même à quatre heures du mat'. Là on me l'a prêté, mais je le prendrai probablement quand il sera sorti en poche.

(voir aussi le fil de discussion consacré au roman sur le forum du PCF)


Petit ajout d'aujourd'hui, là, maintenant : j'ai cité Transparences de Ayerdhal mais je n'avais rien dit dessus. C'était un cadeau d'anniversaire de mon Fifo-Gourou (qui l'a lu aussi et en a parlé mieux que moi), et j'ai eu très peur. Plus parce que le style de l'auteur me hérissait (entre-temps j'ai lu Chronique d'un rêve enclavé", et c'était juste très bon et très beau à tous les niveaux, Le chant du Drille n'était donc pas une exception, ouf) mais parce que ce roman est écrit et présenté avec une belle grosse étiquette "polar", et que le polar, bon, c'est pas trop mon truc. Oui mais.

C'est l'histoire d'un type qui bosse dans les bureaux d'Interpol (à Lyon, donc) et qui doit accomplir une tâche administrative barbante quelconque, durant laquelle il tombe sur un dossier bizarre. Qui le mène à la recherche active d'une tueuse en série étrange, très efficace avec ses armes blanches parfois faites maison, et dont il n'y a quasiment pas de trace nulle part -- ni nom, ni portrait, personne ne connaît le premier et l'autre échappe toujours à tout (photo, caméra, portrait-robot, rien ne concorde, rien n'est utilisable.) C'est en gros le même principe que la transparence qui est le don de Tem dans "Les nouveaux mystères de Paris", poussé dans les détails de la logique (d'où le titre. Le pluriel est dû à un autre genre de transparence, moins fantastique et plus sordide, celui des SDF. Le personnage principal masculin a un bon copain clodo.) Eh bien tout ça est très prenant, en fait. Surtout quand, disons, vers les deux tiers du bouquin, on app*bruit de revolver*. Par contre j'ai trouvé que la toute fin était ptêt en trop, dans le genre théorie du complot. Paraît qu'une suite est prévue, si l'auteur ne cède pas trop souvent à l'appel de l'apéro au détriment de la rédaction ;) On verra bien, je pense que je mordrai à l'hameçon. (J'ai vu quelques critiques pinaillant sur la trop grande ressemblance du perso féminin avec d'autres du même auteur, mais comme j'ai pas tout lu, ça me dérange pas. Bienheureux les ignorants, tout ça.)


Retour aux retards...


A la sortie de Slumdog Millionnaire, mon cher-et-tendre a insisté pour qu'on aille le voir. Ayant des doutes sur l'effet qu'aurait sur moi l'ambiance générale du film (avec tabassage d'innocent et autres glauqueries), finalement il y est allé tout seul. Quand j'ai vu par hasard le livre d'où était tiré le film, je me suis dit que le titre me rappelait quelque chose : de fait j'en avais déjà entendu parler (en bien), il y a des années, à sa parution en français… Deux raisons pour le lire, même si ce n'était pas en VO – mais bien traduit a priori, puisque j'ai reconnu le nom de la traductrice française de Jasper Fforde… Et de fait a posteriori aussi c'est bien traduit.

Bon alors l'histoire : c'est tout simple dans l'idée, et très semblable au film, quoique moins linéaire.

... ok, plus de détails. Le perso principal est un orphelin indien élevé par un prêtre catholique. Mais avec trois prénoms des principales religions d'Inde, pour ne fâcher personne. Ram Mohammad Thomas, donc. Un jour, une fois tout grandit, il décide de participer à l'équivalent de "Qui veut répondre à des questions con gagner des millions", et à la surprise générale, gagne. Alors que c'est juste un gamin des bidonvilles (d'où le "slumdog"). Tout ça ne plaît pas à la production, qui appelle les flics, lesquels se font une joie de lui expliquer (avec les gestes) que c'est pas bien de ticher... mais pas longtemps, parce qu'une avocate se présente pour le défendre. Avec elle il va reprendre les questions une à une, et raconter l'épisode de sa vie en rapport avec chacune, ce grâce à quoi il connaissait la réponse. Dans le film les questions suivent gentiment le fil de sa vie, là c'est dans le désordre, ce qui est d'autant plus intéressant pour reconstituer le puzzle abracadabrant de son histoire. Dans l'ensemble c'est plutôt bien ficelé, et très fluide à lire.


Le reste est beaucoup moins détaillé, ce sera pour plus tard (je programme le billet dès maintenant comme ça je l'oublierai pas ^^° )

Notes

[1] Bon c'était pas aujourd'hui ni hier, mais c'était quand même le matin très tôt.

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