… Comme quoi tout arrive T__T
Aux Utopiales, la loterie du club Présences d'Esprits nous a permis de repartir avec les deux seuls (si, si) bouquins acquis là-bas : La Grande Porte et Sur l'onde de choc.
La Grande Porte est un classique (de F. Pohl) qui manquait à ma culture avant que je le lise, maintenant je sais qu'il me manquait tout court. C'est un très très bon livre. Et plutôt bien traduit. D'un côté le perso principal suit une psychanalyse avec une intelligence artificielle (parfois représentée par un robot, parfois non) en guise d'analyste ; les dialogues sont tordus à souhait et l'évolution de l'état d'esprit du personnage (Bob ? Rob ? Son prénom complet est ridicule et l'abréviation varie, ça fait partie du "jeu") très convaincante. De l'autre, on suit son apprentissage et ses sorties en tant que prospecteur… L'humanité, à cette époque, a découvert par hasard les vestiges d'une civilisation galactique puissante et absolument disparue, et parmi les vestiges se trouvent des vaisseaux à l'ergonomie bizarre (manettes, "tétons", spirales chauffantes... et très peu de place en dehors des sièges inutilisbles en l'état par des humains) que les hommes savent à peine utiliser. Ils le font tant bien que mal, à coups d'essais plus ou moins fructueux et d'erreurs la plupart du temps tragiques, et les prospecteurs qui voyagent ainsi le font dans l'espoir de la gloire et de la fortune. Et par désespoir aussi. J'ai particulièrement apprécié le côté vraiment inconnaissable des zitis...
Suivant. Certes, comme a dit Draco en voyant que je lisais "Sur l'onde de choc" de John Brunner, "C'est vachement bien". J'ai même eu quelques désagréables impressions de déjà-vu, notamment en ce qui concerne une société en "accélération" constante pour éviter de regarder ses problèmes en face, sans compter la base de données monstrueuse constituée à propos de tous les aspects de la vie des citoyens. Et pourtant ce roman a été écrit il y a trente ans ! Mais comme je sais que je manque de recul et de références, là s'arrêtera ma remarque sur le fond politique. Et comme le fond est surtout politique… (C'est du Brunner, hein.)
Sur la forme… Tiens, encore un livre bien traduit. A part ça, j'ai beaucoup aimé, c'est éclaté en plusieurs lignes narratives et bouts "bonus", un peu comme "Tous à Zanzibar" mais pas encore aussi poussé (déjà, les deux lignes narratives principales concernent le même personnage, simplement elles ne sont pas narrées de la même façon.)
… Je sens que si je commence un vague résumé je vais tout spolier, donc voilà c'est tout.
Ensuite, Nation, de Terry Pratchett, que j'ai fini hier ce matin tôt[1]. Ça faisait longtemps que je n'avais pas retardé de plusieurs heures un sommeil pourtant nécessaire juste pour finir un bouquin. Quoique, avec Transparences, j'avais bien dû prendre une heure ou deux… Mais pas quatre. Mais commençons par le commencement.
Si on dit "Terry Pratchett" à quelqu'un qui a lu quelques-uns de ses bouquins ou en a au moins entendu parler, il pourra répondre automatiquement "Disque-Monde". Et pour cause, à part quelques romans1 écrits avant ou au début de cette longue série, eh bin y'a pas grand-chose. Bon, celle-ci compte pas loin de quarante romans en incluant ceux catalogués "jeunesse", plus quelques "bonus"2, c'est quand même pas mal. Enfin, on a beau aimer se replonger dans son vieux fauteuil un peu usé mais tellement confortable, des fois on aimerait bien changer. Ça tombe bien, Nation ne fait pas partie de la série du Disque-Monde.
Ça se passe chez nous, ou presque. Peu de temps après la guerre de Crimée (aux alentours de 1860, genre), la grippe russe fait des ravages en Europe, et la famille royale d'Angleterre est décimée, et pire encore. Un navire est envoyé de toute urgence vers le Grand Océan Pélagique Austral3 (globalement équivalent au Pacifique, bien sûr, sauf que l'Australie est en fait séparée par une mer en "Proche Australie" et "Extrême Australie"4) pour récupérer l'héritier de la Couronne – gouverneur d'un coin paumé – et sa fille (13 ans à tout casser) – en route depuis l'Europe pour le rejoindre, et presque arrivée au moment où se produit le tsunami. Le navire qui transportait la jeune fille s'échoue sur une île, où elle va devoir apprendre à cohabiter avec l'unique survivant local de la catastrophe, et bientôt des rescapés des îles voisines qui afflueront progressivement.
Sauf que l'histoire est principalement celle de Mau, ledit survivant, dernier représentant de la Nation (l'île en question, donc. D'où le titre. Quelle coïncidence.) Le jour où le tsunami a frappé était celui où il devait revenir de la petite île toute proche où a traditionnellement lieu l'initation des jeunes hommes ; ils y laissent leur âme de garçon et en revenant chez eux reçoivent leur âme d'homme au court d'une fête avec tout le village… Qui n'était plus là quand il y retourna. Cette histoire d'âme le tracasse beaucoup, en plus du traumatisme de la catastrophe il y a une recherche d'identité, beaucoup de questions sur les dieux et les responsabilités… (Et il y a aussi quelques éléments surnaturels non divins plus ou moins bien perçus ou acceptés par les personnages.)
Alors indéniablement c'est du Pratchett. Du Pratchett plutôt sérieux, et ce ton convient mieux à ce monde-là qu'au Disque-Monde, je trouve. La narration est claire sans être tout à fait linéaire, et c'est bon (même si on trouve ici et là quelques facilités ou faiblesses scénaristiques, concernant par exemple les autres survivants du Sweet Judy, ou des arrivées bien synchronisées… Mais bon ça passe. Dans l'ensemble.) Je déplore aussi la présence d'un personnage de type "il est méchant PARCE QUE." Ça c'est agaçant, mais on ne le voit pas beaucoup et la scène est plutôt bonne, j'ai trouvé. Dommage, mais pas rédhibitoire.
On retrouve quand même quelques facéties typiquement pratchettiennes, dont quelques notes de bas de page "instructives" (mention spéciale au "palmier solitaire" et à la "pieuvre arboricole", mais celle-là "existait" déjà !)
L'émotion est présente à de nombreuses occasions, sans trop de facilité j'ai trouvé. La fin est sympathique, et vu la tournure de l'histoire, j'ai apprécié toute absence de référence à *bruit de revolver* (mais après tout ce thème n'est peut-être devenu à la mode qu'au vingtième siècle ?)
Et dans l'ensemble, même si certains traits de caractère des personnages me rappelaient parfois certains "archétypes pratchettiens", la plupart sont assez frais, et j'ai même réussi à n'avoir aucune pensée pour le monde plat habituel de l'auteur lorsqu'il fit référence à la bouliformitude du monde où se déroule Nation. Même la Mort de ce monde est très différent(e).
En bref, un bon Pratchett, qui se lit bien même à quatre heures du mat'. Là on me l'a prêté, mais je le prendrai probablement quand il sera sorti en poche.
(voir aussi le fil de discussion consacré au roman sur le forum du PCF)
Petit ajout d'aujourd'hui, là, maintenant : j'ai cité Transparences de Ayerdhal mais je n'avais rien dit dessus. C'était un cadeau d'anniversaire de mon Fifo-Gourou (qui l'a lu aussi et en a parlé mieux que moi), et j'ai eu très peur. Plus parce que le style de l'auteur me hérissait (entre-temps j'ai lu Chronique d'un rêve enclavé", et c'était juste très bon et très beau à tous les niveaux, Le chant du Drille n'était donc pas une exception, ouf) mais parce que ce roman est écrit et présenté avec une belle grosse étiquette "polar", et que le polar, bon, c'est pas trop mon truc. Oui mais.
C'est l'histoire d'un type qui bosse dans les bureaux d'Interpol (à Lyon, donc) et qui doit accomplir une tâche administrative barbante quelconque, durant laquelle il tombe sur un dossier bizarre. Qui le mène à la recherche active d'une tueuse en série étrange, très efficace avec ses armes blanches parfois faites maison, et dont il n'y a quasiment pas de trace nulle part -- ni nom, ni portrait, personne ne connaît le premier et l'autre échappe toujours à tout (photo, caméra, portrait-robot, rien ne concorde, rien n'est utilisable.) C'est en gros le même principe que la transparence qui est le don de Tem dans "Les nouveaux mystères de Paris", poussé dans les détails de la logique (d'où le titre. Le pluriel est dû à un autre genre de transparence, moins fantastique et plus sordide, celui des SDF. Le personnage principal masculin a un bon copain clodo.) Eh bien tout ça est très prenant, en fait. Surtout quand, disons, vers les deux tiers du bouquin, on app*bruit de revolver*. Par contre j'ai trouvé que la toute fin était ptêt en trop, dans le genre théorie du complot. Paraît qu'une suite est prévue, si l'auteur ne cède pas trop souvent à l'appel de l'apéro au détriment de la rédaction ;) On verra bien, je pense que je mordrai à l'hameçon. (J'ai vu quelques critiques pinaillant sur la trop grande ressemblance du perso féminin avec d'autres du même auteur, mais comme j'ai pas tout lu, ça me dérange pas. Bienheureux les ignorants, tout ça.)
Retour aux retards...
A la sortie de Slumdog Millionnaire, mon cher-et-tendre a insisté pour qu'on aille le voir. Ayant des doutes sur l'effet qu'aurait sur moi l'ambiance générale du film (avec tabassage d'innocent et autres glauqueries), finalement il y est allé tout seul. Quand j'ai vu par hasard le livre d'où était tiré le film, je me suis dit que le titre me rappelait quelque chose : de fait j'en avais déjà entendu parler (en bien), il y a des années, à sa parution en français… Deux raisons pour le lire, même si ce n'était pas en VO – mais bien traduit a priori, puisque j'ai reconnu le nom de la traductrice française de Jasper Fforde… Et de fait a posteriori aussi c'est bien traduit.
Bon alors l'histoire : c'est tout simple dans l'idée, et très semblable au film, quoique moins linéaire.
... ok, plus de détails. Le perso principal est un orphelin indien élevé par un prêtre catholique. Mais avec trois prénoms des principales religions d'Inde, pour ne fâcher personne. Ram Mohammad Thomas, donc. Un jour, une fois tout grandit, il décide de participer à l'équivalent de "Qui veut répondre à des questions con gagner des millions", et à la surprise générale, gagne. Alors que c'est juste un gamin des bidonvilles (d'où le "slumdog"). Tout ça ne plaît pas à la production, qui appelle les flics, lesquels se font une joie de lui expliquer (avec les gestes) que c'est pas bien de ticher... mais pas longtemps, parce qu'une avocate se présente pour le défendre. Avec elle il va reprendre les questions une à une, et raconter l'épisode de sa vie en rapport avec chacune, ce grâce à quoi il connaissait la réponse. Dans le film les questions suivent gentiment le fil de sa vie, là c'est dans le désordre, ce qui est d'autant plus intéressant pour reconstituer le puzzle abracadabrant de son histoire. Dans l'ensemble c'est plutôt bien ficelé, et très fluide à lire.
Le reste est beaucoup moins détaillé, ce sera pour plus tard (je programme le billet dès maintenant comme ça je l'oublierai pas ^^° )